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  Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts

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Master Rp

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Date d'inscription : 20/11/2011

Localisation : Gotham City


MessageSujet: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Jeu 19 Avr - 11:56

Le Feu Follet Fou


Le soir venait de tomber sur la ville, des enfants mendiants fouillaient dans les poubelles des rues sordides, sur les trottoirs délabrés, des types allumaient des feux dans des barils en tôle rouillés de 200 litres et s’attroupaient autours pour se réchauffer. Des hommes ivres quittaient les bordels après leur nuit à 5 dollars. Les plus intelligents prenaient leur voiture d’un pas chancelant pour se rendre dans la première pharmacie du quartier fréquentable le plus proche pour s’acheter de la pénicilline. Des mafieux à l’allure inquiétante au volant de Mercury sillonnaient les rues comme des vautours en surveillant leurs prostituées et leurs dealers. Sur un terrain vague entre deux immeubles à moitié détruit, se trouvait un bidonville avec des toits en zinc. On avait pas pris la peine d’achever la démolition des deux bâtiments car personne ne se serait porté acquéreur pour reconstruire dessus vu le quartier. Gotham City à la nuit tombée, le meilleur des foutus monde. Les prostituées dispensaient leurs services buccaux sur les banquettes avant des voitures, des malfrats en costards bon marchés rôdaient en quête d’ivrogne à détrousser. Dans cet amoncellement de déchéance humaine, un endroit ne passait pas inaperçu. C’était un entrepôt entouré parpaings grillagés de fil de fer barbelé. Deux membres de la famille Falcone munis de Borsalino sur la tête et de mitraillette Thompson, encadraient l’entrée. Sur la façade de l’entrepôt, il était noté :

Conditionnement de viandes bovines Falcone Family
Premier choix
Fournisseur des services publics de Gotham City depuis 1923


A l’intérieur de l’entrepôt à carcasse d’animaux morts, on trouvait des salles immenses. Elles puaient toutes la graisse, le sang et le cartilage. Les sols de ciment étaient couverts de sciure, des rangées entières de crocs de boucher rouillés étaient pendus au plafond. Des quartiers de bœuf pendouillaient. Vu la température ambiante, c’était un vrai festin pour les mouches qui se régalaient.

Fritzie Falcone, l’un des innombrables neveux de Carmine faisait les 100 pas en jouant avec un couperet à fendre les os. Devant lui, un auditoire de 4 petits commerçants habituellement racketté par la Mafia qui n’avaient pas su payer cette fois. Ils étaient suspendus à des crocs par les mains, attachés par l’intermédiaire de menottes. Leurs pieds touchaient des chaises posés au sol sous leur corps. Le premier tremblait, persuadé qu’il allait crever avant la fin de la nuit. Le deuxième était dans un tel état de terreur qu’il s’était déconnecté pour ne pas affronter l’horreur de la situation, il était complétement ailleurs et fredonnait pour lui-même. Le troisième qui n’avait plus rien à perdre, ricanait en attendant son sort avec courage. Seul le quatrième et dernier paraissait lucide et se montrait soucieux d’en réchapper. Fritzie parla d’une voix nasillarde :

« Ça fait 3 semaines que vous n’avez pas payé ce que vous devez à ma famille, vous connaissez le contrat, vous savez ce qui va se passer ? Je vais vous faire saigner et vous laisser là accroché comme les autres carcasses de viandes, ainsi la chose dans les égouts, l’espèce de crocodile humain, va venir vous bouffer. Il aime la viande et il vient se servir de temps en temps ici dans nos carcasses quand il fait nuit et qu’il n’y a personne, vu votre position et le sang sur vous, Killer Croc ne fera aucune différence entre vous et les autres quartiers de viandes, il vous bouffera, il rôde très souvent en dessous dans les égouts près d’ici, car il sait que juste au-dessus il y de la viande.»

Il posa son couperet sur un plan de travail puis frappa au ventre avec ses poings l’un de ses captifs. Il garda malgré tous ses pieds sur la chaise. Un autre commerçant se mit à sangloter. Fritzie donna un coup de pied dans sa chaise et il se retrouva suspendu dans le vide par le croc. La victime hurla et se mit à gigoter comme un poisson empalé. Ses os craquèrent et les menottes encaissèrent le choc de son poids. Fritzie se marra de plus belle et vira à coup de pieds les trois autres chaises. Les commerçants pendouillaient tous maintenant, hurlant et essayant de s’agripper à leur voisins par leurs jambes. Fritzie se munie d’un coup de poing américain et commença à les dérouiller pendant qu’ils gesticulaient par des coups au corps.

Tout à coup une personne sortit de l’ombre et avança au milieu de la pièce, il portait une combinaison étanche, des lunettes de soudeurs et un casque, tous marqué par les flammes comme s’il avait passé sur un grill plusieurs fois. C’était le Feu Follet Fou. Fritzie Falcone resta les yeux figés et ne bougea pas, consterné par l’apparition. Les commerçants gigotaient toujours sur leurs crocs et gémissaient encore plus fort rien qu’en voyant le nouveau venus.

Le Feu Follet Fou trainait derrière lui le cadavre calciné d’une femme. Son aspect était tellement affreux que le premier commerçant se mordit les lèvres jusqu’au sang, le second se mit à écumer des lèvres et devint violacé. Le troisième vu l’odeur, venait de lâcher un paquet dans son pantalon. Le dernier gesticula tellement de peur que ses poignets se brisèrent, tordus en angle droit dans ses menottes, la chair percée d’os et de tendons. Fritzie partit en courant, les larmes sur le visage comprenant tout à coup qu’il était tombé sur plus méchant que lui alors qu’il avait cru pendant toute sa carrière criminelle qu’il n’y avait pas pire que lui en cruauté.

Le Feu Follet Fou laissa le cadavre en plein milieux, bien en évidence, ignora les 4 commerçants qui hurlaient de terreur, puis il ouvrit l’immense plaque d’égout grillagé au milieu de la salle à côté de son cadavre brûlé. C’était un conduit d’évacuation très large par lequel on balançait les abats et on déversait le sang des animaux morts. Le serial killer plongea dans le trou noir et retomba 10 mètres en dessous après ce saut mémorable, il atterrit dans un amoncellement d’abats, de moelle épinière et de viandes avariés, puis il fonça dans l’un des conduits d’égouts tout autours puis disparut dans l’obscurité.

(HRP : J’imagine que Vic peut venir dans cet abattoir pour casser du Falcone et que Lucy peut y venir dans le but de nourrir son loup ^^)

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Lucy Godhammer/Little Red

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Localisation : Au couvent, ou dans les égouts de Gotham…


MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Mer 25 Avr - 0:02

    Depuis quelques jours la nourriture se faisait rare. Les portes s'ouvraient moins facilement ce qui obligeait la petite Lucy à crocheter les serrures avec les moyens du bord, bien que ce soit pour elle plus un jeu qu'autre chose. Elle avait réussit ce jour-là à rester chez un jeune couple - qui était très goûteux d'ailleurs - et était restée coincée devant la télévision qu'ils regardaient quelques secondes avant leur mort. Sevag assit à côté de la gamine au chaperon rouge, ils fixaient cette boîte lumineuse qui défilait images et sons. Si le loup n'y comprenait pas grand-chose, Lucy elle tentait au mieux de comprendre de qui il s'agissait. Portrait robot, ils parlaient d'un « serial killer » en combinaison et qu'ils appelaient le Feu Follet Fou. Elle ricana à ce surnom qu'elle trouva fort niais. Elle en fit part à son compagnon qui fut également amusé par la révélation du JT de la nuit. Ils ne restèrent pas longtemps et après avoir vidé en prime le frigidaire, ils repartirent.

    Mais ça, c'était il y a trois jours. Et aujourd'hui Sevag mourrait de faim. Lucy avait réussit à faire quelques provisions, manger les restes dans les poubelles. Errants dans les rues sombres de la ville, il n'y avait que des malfrats à peu près partout qui ne tentaient aucune approche envers ce duo monstrueux (qui avaient l'air plus ombres que vivants). Puis, brutalement, ils se mirent à renifler l'air après quelques minutes d'errance.

    « Tu sens ça, Sevag ? », demanda t-elle à son compagnon. Il lui répondit par un grognement significatif.

    C'était de la viande. Et elle était proche. Les mouches bourdonnaient dans ces coins, leurs ailes se frottaient et elles suçotaient de la chair fraiche, ils ne pouvaient pas passer à côté de ça. L'animal et la fillette, l'une chevauchant l'autre, firent une ronde pour voir de quel côté ils pourraient rentrer. Malheureusement il n'y avait qu'une seule issue et elle était visiblement gardée par deux gueux armés. Elle descendit du dos du loup et commença à marcher dans la direction des gardes. La petite chantonna et tira la manche d'un des gardes, réclamant son attention.

    « Qu'est-ce que tu fous là toi ? Dégage !
    - Monsieur, monsieur, vous n'auriez pas l'heure ?
    - Mais qu'est-ce qu'on s'en fout de l'heure, il fait nuit, retourne chez toi avant que je te donne un bon coup de pied au cul ! »

    Elle relâcha l'homme et commença à tirer la manche du garde d'à côté qui avait commencé à regarder la scène du voisin. Lucy se répéta.

    « Monsieur, monsieur, vous n'auriez pas l'heure ?
    - …
    - Hein, dites, vous ne l'auriez pas par hasard ?
    - Euh…hé bien… »

    Un peu plus docile, il avait remarqué que l'enfant avait insisté - et c'était sans doute pour une bonne raison, n'est-ce pas ? Ce n'était que l'heure qu'elle demandait, elle disparaîtrait ensuite et les laisserait faire leur travail. Quelle importance ? Il mit son arme à sa ceinture et sortit son portable pour y regarder l'heure. La gamine profita de ce moment d'inattention pour se ruer sur le premier garde à qui elle dévora le visage à coups de crocs, lui arrachant les yeux par la même occasion. Sevag quant à lui prit d'assaut l'intéressé par son portable qui se fit démembrer à même le seuil de la porte. Ils laissèrent les corps à l'entrée et s'engouffrèrent dans l'entrepôt. L'odeur se faisait de plus en plus intense. Le ventre de l'enfant rugit.

    Ils poussèrent une grosse porte en ferraille. La salle était grande, peu éclairée et surtout remplie de bouffe. Ils se mirent à courir vers le peu de luminosité que leur offrait ces néons à consommation réduite et tombèrent sur quatre pendus par les poignets. Ils n'avaient l'air de rien et des chaises étaient tombées en dessous de leurs pieds. Ils sentaient très mauvais et Lucy leur fit savoir - pour ceux qui étaient encore conscients.

    « Beurk, ça chlingue ! »

    Un bruit sourd se fit entendre. Quelque chose était tombé, mais d'où ? Lucy ne s'en préoccupa pas pour le moment et se mit à dévorer à pleines dents les carcasses qui pendouillaient à chaque recoin de la pièce. Elle et le loup étaient en train de se remplir la panse bien comme il fallait…leur estomac allait être satisfait, mais ils n'étaient pas du tout prêts à recevoir de la visite…
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Vic Sage

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Localisation : Dans son bureau, la plupart du temps.


MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Mer 25 Avr - 20:08

Ombre parmi les ombres, Question patientait à l'abri d'une petite ruelle sordide et plongée dans le noir. Les bras le long du corps, les pans de son manteau refermés sur son torse décoré d'une simple cravate noire, je ne bougeais quasiment pas. Mon feutre bien en place, je respirais doucement et avec calme, faisant moins de bruit qu'un moucheron occupé à se nettoyer les pattes. Concentré pour ne pas bondir trop tôt de ma cachette, j'attendais qu'un des trois mafieux éméché que je suivais cède à l'appel pressant de ses sphincters épuisés.

Ma traque avait débuté un peu plus tôt dans la soirée lorsque, une fois mon costume enfilé, j'étais parti surveiller la sortie d'un bar appartenant à la famille Falcone, me préparant à prendre en filature le premier groupe de bandits ivres morts qui sortiraient. Une demie-heure plus tard, trois porte-flingues braillards quittaient justement le débit de boisson en se tenant bras dessus bras dessous.
Après de discrètes et laborieuses recherches, mes travaux d'investigations ne donnaient toujours aucun résultat probant pour coincer Sundance et ses trafics d'armes. A court d'options plus élégantes et subtiles, j'avais résolu de m'en tenir aux bonnes vieilles méthodes d'interrogatoire : tomber à bras raccourcis sur un truand et lui faire cracher le morceau, en employant la force si besoin est. Toutefois, les sombres conjonctures venues reprendre le flambeau de la panique propagée par le Joker me laisseraient peut-être une alternative plus efficace et rapide...


* Le Feu Follet Fou... Un émule du Clown, à n'en pas douter. Même goût prononcé pour la mise en scène, même capacité à déjouer les efforts de la police, même absence de logique dans le choix de ses victimes. * Songeais-je tristement depuis ma position dans un angle mort.

Le serial killer sévissant à Gotham n'avait pas manqué d'éveiller mon intérêt, mais je m'étais très rapidement auto-persuadé de cesser les recherches : Hub city ne m'attendrait pas éternellement, et si je commençais à prioriser les problèmes de cette ville en pleine dégénérescence avant ceux de mon territoire, je n'en finirai jamais. Presque à contrecœur, Question se réorienta sur son étude des réseaux du marché noir de Gotham, avant de constater qu'il faisait chou blanc.

Je tendis l'oreille, croyant entendre un bruit croissant de pas, mais il n'en fut rien. Rassemblés en un petit cercle, les trois malfrats poursuivaient leurs discussions sans queues ni têtes, s'esclaffant à une fréquence trahissant leur état avancé d'ébriété. De mon côté, je vérifiais que le chalumeaux dissimulé dans mon manteau n'avait pas disparu.


« 'tendez une s'conde, les mecs... Faut qu'j'va pisser. » Marmona d'une élocution pâteuse un larbin des Falcone, avant de tituber en maugréant dans ma direction.

Les jambes molles, il parvint tant bien que mal à dénicher un endroit en retrait pour soulager sa vessie. Tout à sa besogne, il ne remarqua pas l'ombre menaçante qui se saisit brutalement de lui, le collant contre un mur en lui bloquant solidement la nuque grâce à un avant-bras. Déboussolé et étourdi par ce soudain accès de violence, le buveur esseulé roula péniblement des yeux, cherchant à comprendre ce qui se passait. Préférant l'empêcher de donner l'alerte, je lui intimais d'un ton rauque et faible, ma bouche à proximité de son oreille :


« Pas un mot, ou je te grille ton engin à pisse avec ça. » Prévins-je en approchant de ses yeux la flamme de mon chalumeau. Mouillant son pantalon, l'intéressé hocha frénétiquement du chef sans émettre le plus petit son.

Maintenant qu'il connaissait les règles du jeu, j'allais pouvoir l'interroger.


« J'imagine que tu n'es pas assez stupide pour ignorer à qui tu as à faire, n'est-ce pas ? »

Le reniflement humide de mon interlocuteur m'informa qu'effectivement, il croyait bien avoir été capturé par le serial killer qui défrayait la chronique. Néanmoins, histoire d'en rajouter un peu, je murmurais de ma voix la plus psychotique :

« Le Feu Follet Fou. »

Les minutes s'écoulaient, il me fallait agir prestement et efficacement. Raffermissant ma prise l'immobilisant, je passais ma langue sur mes lèvres, répétant dans ma tête les consignes que je m'apprêtais à donner au malheureux malfrat séparé de ses petits camarades.

« Écoute-moi attentivement : je me contrefous d'un mec dans ton genre, donc te tuer ne m'apporterait rien. Ce qui ne veut pas dire que j'hésiterais à te carboniser vif si d'aventure tu ne me donnais pas entière satisfaction. Je te donne une seule chance de vivre : indique moi le nom d'une pointure des Falcone. Pas une serpillière dans ton genre, plutôt un gars qui connaîtrait les détails de vos trafics. Et je veux aussi que tu me dises où trouver la personne en question. On se comprend ? Excellent. Alors vas-y ! »

A l'écoute, je relâchais légèrement ma prise, lui permettant d'aspirer de l'oxygène, tout en me tenant prêt à l'assommer au moindre signe de rébellion. Mais probablement terrifié par mon petit numéro du sociopathe instable, il déballa, de sa voix la plus ténue :

« Fritzie Falcone, demain soir, à l'entrepôt de viandes bovines Falcone. »

- Merci. Et bonne nuit.

« Bah quoi, t'arrives plus à retrouver ta bi... »

Pris en flagrant délit par les deux hommes de main, je n'eus que le temps de tirer mon prisonnier par le col, avant de le propulser via mon pied sur ses acolytes. De façon grotesque et comique, les trois ivrognes se percutèrent avant de s'affaler tels trois masses de chair flasque. Pendant ce temps, je m'éclipsais lentement, réintégrant silencieusement les ténèbres qui m'avaient drapé au début de ma traque en abandonnant derrière moi le chalumeau. Le spectacle des trois hommes de main tournant sur eux-même avec un air de panique valait le détour, cependant, il me restait beaucoup à faire. A commencer par localiser le fameux entrepôt. Sans cérémonie, Question s'éloigna du théâtre de son dernier forfait, les semelles de ses chaussures caressant le sol bitumé des ruelles.

Le lendemain soir, à l'entrepôt

Un calme inquiétant régnait dans le bidonville cernant l'entrepôt des Falcone. Le silence pesant qui précédait normalement la tempête rendait le moindre claquement de porte, la moindre sirène, assourdissante. La voûte céleste opaque d'un bleu comparable au pelage d'un corbeau n'arborait pas d'étoile, me donnant l'impression d'évoluer au sein d'une gigantesque grotte. Le rebord de mon feutre masquant mon absence de traits, je dépassais à une allure lente les ultimes vestiges d'urbanismes du terrain vague, débouchant sur l'enceinte grossière de la zone de stockage. Comme si les passants avaient eu besoin de barbelés et de parpaings pour comprendre que s'aventurer plus loin leur vaudrait une ribambelle d'ennuis... Vérifiant que personne ne m'espionnais, je me glissais souplement à l'intérieur de la propriété, m'attendant à devoir neutraliser quelques gardes pour poursuivre mon infiltration.

* Oh oh... Ça, ce n'était pas du tout prévu... * Pensais-je en considérant les deux cadavres qui baignaient dans leur sang, laissés en jachère dans l'embrasure de l'entrée.

Circonspect, je fis quelques pas, étudiant avec une curiosité morbide l'étendue des dégâts.

Absence d'odeur de poudre dans l'air. Armes froides et au chargeur plein. Les deux gardes n'ont pas eu l'occasion de faire usage de leur Thompson.
Corps numéro un dépourvu de son bras droit et d'une large portion de sa jambe gauche ; les muscles et articulations semblent avoir été broyés puis déchirés, si l'on se fie à l'état de ses manches. Nombreux signes de trauma témoignant de la force peu commune de l'agresseur, qui semble capable de briser des os à la seule force de ses dents. Corps numéro deux présentant une absence d'yeux, et de multiples traces de morsures faciales. Champs couvert par les morsures dénote d'une mâchoire plus petite ; profondeur des sillons trahissant une gueule moins efficace que celle responsable de l'état du premier corps.
Quantité impressionnante de sang indiquant une mort brutale et douloureuse. Aucun morceau de peau ou de touffe de poils sous les ongles : il n'y a pas eu de lutte.
Les deux gardes n'ont pas été dévorés : les agresseurs ont donc une forme d'intelligence.
Traces de pattes sur le sol de l'entrepôt : les responsables du carnages sont apparentés aux loups.


Ni une, ni deux, je sors mon pistolet, inspirant à fond en tâchant de ne pas trop penser à ce qui m'attend à l'intérieur (à savoir, une bête mangeuse d'homme et son petit, tous deux capables de me dépecer en trente secondes). A ce stade, Vic Sage aurait fui. Mais Question, lui, serra les maxillaires, avant de passer le pas de la porte. Il était le détective impassible, le justicier sans émotion. Seule la détermination de neutraliser les bêtes en liberté rôdant dans l'entrepôt l'animait. Les battements de mon cœur se calmèrent tandis que mon rythme biologique s'harmonisait avec celui, silencieux, de la zone faiblement éclairée. De faibles gémissements me parvinrent au travers des rayons sans fin de carcasses exposées à l'air libre, pour le plus grand bonheur des mouches. Les muscles si électrisés qu'ils se contractaient avant même que ma vigilance ait détecté quoi que ce soit, je m'aventurais un peu plus loin dans l'enfer labyrinthique de l'entrepôt, sentant peser sur moi le poids de deux yeux fauves guettant une proie en salivant d'avance. Ayant dépassé le stade de la peur, mon cerveau me parut étrangement vide, comme si penser représentait un luxe inenvisageable. Me servant d'une main pour déplacer lentement une imposante pièce de viande, mes oreilles surprirent la douce rumeur de mastications consciencieuses.


* Contournons doucement la source de ce bruit, et tâchons de la prendre à revers...* M'ordonnais-je avec un clame trompeur.

Tel un spectre bleuté, Question louvoya entre les rangées de viande suspendues, à demi baissé pour ne pas être aperçu. Grimaçant à chaque fois que l'étoffe de mon costume bruissait, j'atteignis un espace dégagé où quatre hommes avaient été suspendus, et qui, dans un état de terreur plus ou moins avancée, suppliaient pour qu'on les libère. D'un regard, je notais que le quatrième captif avait trop gesticulé, se ruinant les poignets contre le bord des menottes qui le retenaient loin du sol. Cependant, je n'étais pas au bout de mes surprises, car un peu plus en retrait, un enfant emmitouflé dans un manteau rouge mordait dans de la viande crue avec appétit, un... Cerbère l'accompagnant dans son gueuleton. L'animal ressemblait à un loup sous stéroïdes, grognant avec plus de force qu'un lion de la savane, ce qui constituait un spectacle des plus intimidants. De fait, observer un gamin, de dos, s'empiffrer de chairs sanguinolentes, constituait aussi une scène dérangeante, surtout sur le plan moral.


* Très bien... Et je fais quoi, maintenant ?* Hésitais-je, doutant de ma capacité à endormir le sauvageon et son tigre de compagnie grâce au gaz incapacitant.

* J'aurais dû demander au professeur Aristotle si son gaz fonctionnait également sur les smilodons...* Songeais-je narquoisement pour tromper mon angoisse.

Plus pour éviter de rester immobile que pour réellement agir, Question pointa le canon de son arme sur le duo monstrueux, exigeant d'une voix forte et ferme :


« On ne bouge plus ! »

A peine m'étais-je fais connaître qu'un des prisonnier suspendu à son crochet se mit à m'interpeller d'une voix de dément. Sanglotant à moitié et empestant le lâchage de nerfs, il me répéta :

« Il... Il était... Ici. Ici. Il était.. Ici. »

Ce n'était vraiment pas le moment, mais je ne résistais pas à la curiosité de demander sévèrement :

« Qui ? Qui était là ? »

Étrangement, je ne m'attendais pas à ce que la réponse soit "le père Noël". Tenant toujours en joue les carnivores affamés, mon cerveau me souffla le nom du Feu Follet Fou comme seul et unique possibilité. Ce psychopathe était passé par l'entrepôt. Pourquoi ? Mystère. Mais si son passage ne datait pas de très longtemps, il existait une chance raisonnable que je puisse le rattraper. D'autant que j'estimais à nulles mes chances de mettre la main sur Fritzie Falcone ce soir.

* Oublie le serial killer ! Oublie tout ce bordel, et casse-toi d'ici avant de t'attirer des problèmes. Tu devais laisser tomber cette histoire de Feu Follet Fou, tu te souviens ?* M'admonestais-je.

Mais aucun mantra n'aurait pu me retenir, lorsque le pauvre homme balbutia, le visage recouvert de larmes et de morve :


« Il... La femme... Il a brûlé la femme. Mon Dieu ! Comment... Comment peut-on infliger ça à un être humain ? »

Serrant mon poing libre, je me déplaçais latéralement, gardant en ligne de mire les tueurs sur pattes. Il avait recommencé. Encore. Rien ne l'arrêtait. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Rien de conventionnel, en tout cas. Mais ça allait changer. Il fallait que ça change. Question n'était pas né pour rester les bras croisés pendant qu'un salopard de pyromane s'amusait à assassiner froidement des citoyens. Arrivé au centre de la vaste salle, je pus contempler les restes d'un corps de femme. L'odeur me prit à la gorge, et je dus respirer à fond pour ne pas vomir sur le champs. Juste à côté, anciennement recouvert par une large grille, un trou béait, donnant à voir les déchets du conditionnement de la viande entassés et jamais déplacés. Les relents de charognes en décomposition vinrent flatter mes narines de leur fragrance douceâtre et épouvantable. Levant les yeux, je vis mon informateur fixer l'ouverture comme si c’eut été la bouche des Enfers. Inutile d'être devin pour comprendre que c'était de cette façon que le serial killer avait disparu.

Un ange passa. Moment durant lequel je m'interrogeais. Valait-il mieux neutraliser les évadés du zoo qui venaient de tuer deux mafieux à la seule force de leur mâchoires, ou se lancer sur les traces d'un tueur en série au pedigree cauchemardesque ? Et bien sûr, le dilemme n'aurait pas été aussi savoureux si, à chaque seconde d'hésitation, le Feu Follet Fou ne s'éloignait pas toujours plus. En vérité, le choix s'imposait de lui-même.


« Vous, vous ne bougez pas avant mon retour. » Ordonnais-je au loup et à son petit compagnon.

Moment difficile : je sautais dans le trou, n'accordant pas un regard aux prisonniers qui, pourtant, espérant depuis mon apparition me voir les libérer. Mais tenter cette manœuvre signifiait ne plus tenir en joue le fauve, et donc prendre un énorme risque. Pour éviter ce danger, je condamnais donc les pauvres innocents à périr dans la souffrance, la peur et le déshonneur. La vie est parfois vraiment mal foutue.

Je roulais sur moi-même en atterrissant dans le tas de viscères et d'ossements nauséabonds, me rétablissant tant bien que mal avant de sortir ma fidèle lampe-torche.


* Là, je vais avoir un sacré problème...* Compris-je en promenant le faisceau de ma lampe.

Je venais de tomber dans les réseaux d'égouts de Gotham, un entrelacement infernal de tunnels aux culs-de-sac infinis ; et de ce dédale, je ne connaissais pas le moindre recoin. Déjà, quatre chemins se proposaient à moi, et en dépit de mes efforts, je ne pus percevoir aucun écho de pas pour m'aiguillonner dans la bonne direction. Souhaitant de tout cœur que la bonne fortune guide mes pas, je pris une direction au hasard, m'enfonçant dans les ténèbres malodorantes des égouts.
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Master Rp

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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Lun 30 Avr - 13:15

Le Feu Follet Fou


Le justicier venait de prendre l’un des tunnels, par chance (ou plutôt énorme malchance vu ce qui allait suivre), il s’agissait de l’intersection par laquelle le serial killer pyromane avait fui justement. Une grenade inflammable au phosphore fut projetée et passa au-dessus de la tête de Question pour retomber derrière lui. Elle explosa et fit s’écrouler le mur, le justicier ne pouvait plus du tout revenir en arrière. Une sorte de raclement brutal se fit entendre et un grappin attrapa la jambe de Vic Sage et le fit décoller du sol. L’infortuné héros se retrouva pendu au-dessus du sol, tenus fermement par la jambe. Le Feu Follet Fou sortis de l’ombre et s’avança. C’est à cause de son énorme prudence comme le fait de s’arrêter dans sa fuite pour vérifier si personne ne le suivait qu’il avait échappé jusqu’ici aux forces de l’ordre.

Il s’approcha très lentement, et resta immobile un instant pour jauger Question, puis il s’assit en tailleur juste sous le justicier avant de lever la tête et de le fixer à travers ses lunettes de soudeurs sans âme.

Les pensées du tueur allaient à toute allure dans sa tête.

Il entendait le bruit sourd du système de drainage et des manchons de béton qui ne cessaient d’aller et venir entre les cylindres de 3 mètres pour pomper les eaux usées. C’était des vieilles machines qui donnaient aux égouts une allure d’environnement steampunk quand on tombait dessus aux détours des canalisations. La ville aurait dû les faire remplacer. Mais le conseil municipal ne trouvait jamais le budget. Comme personne ne venait jamais rafistoler en dessous, une bête effroyable s’y était cachée, pensant être à l’abri du monde. Le gigantesque saurien avait constaté que les principaux collecteurs faisaient 2m80 de diamètres et qu’il était aisé pour lui de balader son physique peu commun d’écailles et de muscles à travers les tunnels sans rester coincé ou se cogner au plafond à cause de sa corpulence et sa taille.

Le Feu Follet Fou finis par rompre le silence et parla avec la voix d’un homme jeune et perturbé:

« Ce dédale est impressionnant n’est-ce pas ? Cet endroit a été construit sous 21 conseils municipaux successifs depuis 1885, à peu près. Avant notre naissance, on a installé tout un réseau secondaire et tertiaire, à une époque où il y avait beaucoup d’argent pour les travaux publics. Mais depuis quelques temps, les plans des égouts ont tous disparus des archives de la ville. 5 kilos de cartes se sont évaporé des armoires métalliques cadenassés de la municipalité. Ce que je veux dire c’est que plus personne ne sait où vont tous ces conduits souterrains. Plus personne ne peut descendre dedans, les techniciens se perdraient peut être pour toujours. Tu as du courage d’être venus dans le labyrinthe, maintenant que le mur est écroulé derrière toi, tu ne peux plus revenir en arrière. Il n’y a plus que toi, moi et… la bête, mi-homme, mi- crocodile. Il rôde et rien n’assouvit jamais sa faim. Je l’ai aperçu de loin, un vrai cauchemar. Tu connais le mythe du dédale et du minotaure ? Tu vas pouvoir le vivre. »

Il se leva aussi lentement qu’il était venus et ajouta :

« Tu es fascinant homme sans visage. Tu as de la chance que mon repère soit trop loin, je t’y aurais emmené pour te faire connaître la flamme de mes outils.. »

Il lui tourna le dos et s’arrêta juste au moment où un gros collecteur crachant des jets d’eau, relâcha un cadavre dans le conduit. Le corps n’avait plus de nez ni de visage, remplacé par un magma sanglant avec une trace de morsure démesuré, celle d’un crocodile. Ses chairs à vifs étaient couvertes de profondes marques de crocs. Son pantalon était boueux, ses mains blanches flottaient comme des poissons morts.

« Ne me juge pas, je sais que ce que je fais me conduira à ma perte, mais je ne peux m’en empêcher, Croc sait aussi que les gens qu’il dévore l’amèneront à sa chute également mais il ne peut s’empêcher de faire ça. Tout comme toi qui poursuit sans doute les criminels et qui ne peut s’en empêcher car c’est ancré au plus profond de toi. Comme nous… Tu savais qu’en entrant dans les égouts tu tomberais dans un monde infernal et tu l’as fait quand même. Tu ne peux échapper à tes pulsions tout comme moi et Croc. Ne nous juge pas, ne le fait jamais. »

Il disparut dans le dédale, laissant Question accroché. Un grondement retentit, terrible et inquiétant, Killer Croc approchait, Killer Croc savait que quelqu’un avait violé son territoire, Killer Croc avait faim.

Le plafond de briques noircis dans lequel était planté le grappin était en si mauvais état qu’il se fissura et le justicier retomba au sol enfin délivré, mais au vu des grognements bestiaux qui s’approchait, il était déjà trop tard pour se cacher.

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Vic Sage

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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Lun 21 Mai - 14:37

Les films ne parlent jamais de l'humidité oppressante qui règne dans les égouts. Pourtant, en tombant dans ce monde souterrain obscur et pestilentiel, on remarque tout de suite que nos vêtements deviennent collants. Les eaux usées, stagnantes, évaporés au fil des jours, flottant dans l'air comme un nuage invisible que les voyageurs impromptus respireraient inconsciemment. C'est en comprenant que l'atmosphère moite des conduits contenait des déchets évaporés que je me mis à regretter de ne pas avoir de masque à gaz sur moi. Un bref aperçu de mon pantalon confirma mes craintes vestimentaires : j'étais poisseux de fluides vitaux en tous genres, et mon costume se trouvait parsemé de restes organiques non-identifiables (que je ne souhaitais pas identifier, ceci dit). Toutefois, l'ensemble de ces tracasseries pesait bien peu lourd, dans la balance, si on l'opposait à la valeur de la capture du tueur en série de Gotham. Aussi discrètement que possible, je me glissais donc dans l'inconnu, torche et pistolet en main. A peine trois mètres plus loin, un léger son me fit redresser la tête.

Objet cylindrique positionné à un mètre vingt en diagonale au-dessus de moi. Léger mouvement rotatif créé par la poussée initiale, trajectoire courbe se terminant quelque-part derrière ma position. Composition métallique du projectile, forme et couleurs indiquant une grenade. Forme cylindrique et non-sphérique : hypothèse de la grenade à fragmentation écartée. Possibilités restantes : grenade paralysante, grenade lacrymogène, grenade incendiaire. Le profil du tueur favorise la probabilité que la grenade soit incendiaire. Position actuelle en périphérie de la zone d'effet du dispositif. Risques de dommages : conséquents. Réaction préconisée : éloignement maximal du point d'impact par saut en longueur. Si possible, s'humidifier le corps pour prévenir l'embrasement des tissus en atterrissant dans l'eau. Retenir si possible son souffle : la déflagration consommera tout l'oxygène à portée.


* Nom de... *

D'une détente galvanisée par l'afflux brutal d'adrénaline, je me jetais droit devant moi, protégeant mon visage de mes bras pour éviter une réception brutale sur le sol des égouts. A l'instant où l'avant de mon corps entra en contact avec la terre ferme, je fis basculer mon centre de gravité pour amorcer une roulade et ramener mes jambes en sécurité, me vautrant dans la boue grasse et immonde des conduits. Le chuintement particulièrement gluant qui suivit me remonta à la gorge. Heureusement, je parvins à conserver le contenu de mon estomac en place, grâce notamment à l'explosion pyrotechnique qui illumina le large cylindre dans mon dos. Le souffle brûlant lécha mon costume détrempé, séchant le textile salit instantanément et dévorant le dioxygène qui essayait d'entrer dans mes poumons. Pris de court par cette asphyxie imprévue, je sentis un étourdissement me faire chanceler, et dus rester quelques secondes affalé dans les eaux usées, à aspirer goulûment l'air vicié. Écœurante expérience que celle de savourer l'arrivée de l'atmosphère répugnant des jus de vaisselles sales fermentés dans ma bouche.

Que cela reste entre nous : je vomis la seconde suivante (oui, c'est à vous couper l'appétit pour de bon. Mais ne vous plaignez pas : je suis resté assez sommaire dans la description de mon environnement. J'aurais pu me montrer largement plus détaillé dans mes observations).


Urgh ! Kof kof... Argh... Bon, point positif : cette petite raclure ne doit pas être bien loin... Marmonnais-je dès que ce fut possible, m'essuyant sommairement la bouche (le Pseudoderm donnait l'illusion que je n'avais pas de bouche. Mais elle était toujours là. Comment croyiez-vous que j'arrivais à parler avec le Peudoderm ?).

Comme pour me donner raison, un raclement métallique précéda l'arrivée d'un corps inconnu autour de mes jambes. Encore un peu incertain, nauséeux et étourdi par l'explosion de la grenade, je ne pus que bêtement baisser mon regard (et le faisceau de ma lampe) pour découvrir un filin enroulé autour d'une de mes jambes. Avant d'avoir compris ce qui m'arrivait, je fus tracté et suspendu tête en bas, mon élégant feutre quittant le sommet de mon crâne pour tomber paresseusement dans l'eau des égouts. Abandonnée à son sort, ma torche continuait d'éclairer droit devant elle, créant involontairement un jeu d'ombres et de lumières. Un humanoïde dont pas une parcelle de peau ne dépassait vint à ma rencontre, prenant tout son temps. Le gars devait savoir que rien ne le menaçait dans l'immédiat. Moi mis à part, personne n'oserait sauter dans le trou reliant les égouts aux abattoirs. Avant que le GCPD n'arrive et ne se décide à descendre, il s'écoulerait largement quatre heures. J'étais seul, forcé de ne compter que sur mes talents pour me sortir d'affaire.

On peut dire que, niveau look, le Feu Follet avait donné le ton. Lunettes rondes à verres protecteurs, casque robuste bien que couvert de suie et bosselé, combinaison d'un autre âge qui pourtant devait toujours tenir la chaleur des flammes en respect. De loin, on pouvait presque le confondre avec un scaphandrier, ou un astronaute... Exception faite des marques de brûlures qui décoraient son costume et trahissaient un certain penchant pour la viande très cuite. Ma jambe devint douloureuse d'être serré aussi fort par un fil aussi fin, d'autant que tout le poids de mon corps y était appliqué. Je crus que l'articulation lâcherait lorsque le tueur en série s'agenouilla pile sous mon crâne. J'eus le bête réflexe d'essayer de lui expédier un direct dans le visage, pour la forme. L'idée n'était pas très bonne. Emporté par mon élan, j'obtins pour unique résultat de resserrer un peu plus la prise autour de ma jambe (ça faisait désormais horriblement mal) et d'être ridicule. Mon coup ne porta pas, et l'air propulsée par mon poing ne fit même pas frémir le Feu Follet.


* Il joue à quoi, ce type ? Combien de cases lui manquent-il pour qu'il en soit à s'asseoir en-dessous de moi pour se faire mousser ? *

N'ayant pas d'autres choses à faire, je pivotais sur place, réalisant enfin que la grenade avait endommagé les parois suffisamment pour provoquer un bel éboulement. Ce malade avait, intentionnellement ou non, coupé mon issue de sortie la plus prometteuse. Il devait logiquement exister d'autres accès à la surface, sauf que j'aurais un peu plus de mal à les trouver. Revenir sur mes pas constituait une voie raisonnable il y a quelques minutes à peine ; maintenant, c'était une impasse.

Mon compagnon d'exploration urbaine fit résonner son timbre délicatement névrosé pour me dispenser une passionnante leçon d'histoire architecturale, que je n'écoutais que d'une oreille. Mes mains, libres, s'acharnaient à tenter de trouver un point de torsion sur le nœud qui me bloquait en l'air, suspendu tel un jambon à sécher. Aussi silencieusement que possible, mes doigts gantés firent le tour du collet, repérant une zone d'épaississement là où le filin se nouait sur lui-même. Ne restait plus qu'à le défaire. Et au vue de la force avec laquelle j'avais serré l'installation, des ciseaux auraient été préférables pour me rendre ma liberté... Le sociopathe entamait son couplet sur mon courage pour avoir osé le suivre lorsque fut mentionné un imprévu de taille.


* Le quoi ? La bête mi-homme, mi-crocodile ? * Impossible de savoir s'il bluffait, avec son fichu masque. Néanmoins, sa voix ne flancha pas. Pour autant que je puisse en juger, le Feu Follet ne mentait pas. Il croyait réellement à l'existence d'un... Comment appeler ça ? Un crocodile-garou ?

La nervosité de me retrouver nez à nez avec la chose qui était responsable de ce mythe urbain m'empêcha de poursuivre mes tentatives d'évasion. En le voyant se lever, je répondis froidement :


« Tu es malade, Feu Follet. Fou à lier. Les mecs dans ton genre ne vivent pas longtemps, on finit toujours par les coincer. Ce ne sera qu'une question de temps avant que tu ne finisses derrière d'épais barreaux ininflammables. »

Coïncidence, c'est précisément à la suite de ma tirade qu'un reste humain fut rejeté dans notre section. L'éclairage ne favorisait pas vraiment un examen clinique dans les règles de l'art, mais il me sembla bien que le corps arborait des sillons dentelés en plusieurs zones de l'anatomie. Ce spectacle de boucherie, plus l'odeur révulsante des eaux usées et ma position spatiale contre nature, me valut un nouveau haut-le-cœur. L'histoire du saurien bipède, ce n'était donc pas totalement du flan... Génial. Dire que j'étais parti dans l'idée de me confronter à des mafieux. Et je me retrouve à discuter avec l'ennemi public numéro un, dans l'habitat naturel d'un truc qui devait logiquement le suivre sur la black-list du GCPD.

* Et le Batman, il fait quoi, pendant ce temps ? * M'indignais-je, pour masquer mon désarroi. A ma décharge, les conditions ne m'étaient pas vraiment favorables...

Le pyromane me jeta un monologue sur l'inflexibilité de la nature humaine et le fait qu'on ne pouvait changer ce qui nous caractérisait fondamentalement. Ne me laissant même pas le temps de répliquer (ce que je n'aurais pas fait, de toute manière), le tueur se fondit dans les ombres environnantes, m'abandonnant à mon sort sur ces belles paroles.


* On se magne, on se détache ! Vite ! Vite ! Viiiite ! *

Me démenant comme un beau diable, je parviens à force de contorsions à accrocher mes mains a filin. Serrant les abdominaux, j'amenais mes yeux au niveau du collet du grappin, plissant des paupières pour distinguer les détails du fil dans la noirceur de four qui compliquait un exercice déjà peu simple. Respirant par à-coups, je me forçais à oublier les histoires sur le crocodile mangeur d'homme. Après avoir croisé un fauve et son enfant anthropophages, j'avais envie de tout sauf de recroiser une monstruosité assoiffée d'hémoglobine. Transpirant, les muscles en feu à force de rester contractés, le justicier que j'aspirais à être se débattais comme un agneau attaché à son piquet pour survivre au loup qui venait le dévorer. Ma seule consolation du moment fut que, contrairement au petit ruminant, je ne bêlais pas stupidement.

* Allez ! Détache-toi, sal*per*e ! * Implorais-je, devenant de plus en plus agité à mesure que des grognements se faisaient plus prégnants dans les égouts. Le point d'orgue de ce cauchemar prit la forme d'un rugissement très rauque et malheureusement trop distinct pour venir d'une créature éloignée. Quoi que ce soit, ça arrivait droit sur ma position.

Un épais nuage de poussières et de graviers éclata juste avant que le grappin ne soit extrait de son point d'impact par l'affaissement du mortier rendu friable par l'humidité omniprésente. J'eus tout juste le temps de retenir mon souffle, et la gravité reprit ses droits sur mon organisme. Sans élégance ni formalisme, Question chuta durement dans une flaque d'immondices, se retrouvant une nouvelle dois sonné.


* Shhhh... Mon épaule ! * Sifflais-je en tentant de me redresser trop brutalement. Un pic de douleur embrasa mon épaule gauche, me tirant une grimace.

Haletant, je m'appuyais sur la paroi poisseuse, un bras pendant mollement le long de mon torse tandis que l'autre tâtonnait à la recherche de mon pistolet, qui demeura introuvable. La déveine me poursuivait donc : j'étais à présent désarmé, et en passe de me retrouver face à un très gros morceau. Tout ce qu'il me restait, c'était un grappin et son filin. Pour couronner le tout, mon feutre était fichu, trempé et crotté jusqu'au cœur des fibres. Tête nu, expression insondable, je sentis toutes mes craintes s'envoler. Je me trouvais ici par conviction, par choix. Une volonté de fer sommeillait en mon sein, s'activant lorsque le besoin s'en faisait sentir. Or justement, Question se manifesta, balayant le conduit du regard sans un mot, ramassant sa lampe-torche de la main droite. Impassible, il s'accorda cinq secondes pour étudier la dernière victime de Croc.

Corps portant des marques de crocs épais et tranchants faits pour la prédation, mais peu de stigmates de griffures : le responsable de cet état privilégie sa mâchoire à d'autres armes naturelles. Les angles formés par le squelette indiquent une force brute et un traitement de la viande brutal, rageur. Le tueur se comporte comme un animal, ne dévorant pas méticuleusement ses proies mais les mordant férocement, sans doute en effectuant des mouvements du crâne pour déchirer la chair et les tendons. Stratégie optimale : conserver la tête froide. L'adversaire s'emporte facilement, exploiter son tempérament colérique pour l'amener à commettre des idioties ; esquiver le reste du temps.

La pénombre se transforma en un royaume de noirceurs angoissantes, résonnant de bruits bestiaux et primaires. Les ondes générées par une démarche lourde et pesante troublèrent les flaques. Je me tins prêt à braquer mon maigre faisceau sur l'ennemi, supposant qu'un résident des égouts n'apprécierait pas la vue de la lumière, et se tiendrait en retrait, comme tout prédateur nyctalope. M'adressant à la cantonade, je fis savoir :


« Sans vouloir faire du mauvais esprit, vous venez de laisser filer une magnifique pièce de viande. Qui vous aurait donné nettement moins de mal que moi. Mais je ne vous en tiendrai par rigueur : après tout, on ne vous a jamais vanté votre intelligence, pas vrai ? » Provoquais-je intentionnellement.
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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Dim 27 Mai - 16:50

Killer Croc


Le faisceau de Question fendit l’obscurité et il put contempler le monstre. Killer Croc avançait vers lui dans une démarche animale grotesque. Son pantalon était éclaboussé de sang, il tenait dans sa main gauche le reste d’un cadavre de SDF qu’il avait dû trouver à proximité d’une bouche d’égout avant de le tuer. Le corps du clochard pendouillait balloté par la bête, son visage était aussi blanc que du fromage frais.

« La viande ? J’en ais autant qu’il me faut AH AH AH ! T’as bien regardé Gotham ? C’est pas une ville, c’est un abattoir, le gibier est là sous mes yeux, j’ai juste à m’servir. D’habitude il faut que j’aille les chercher, mais c’est la première fois que je vois un gueuleton qui s’amène par ici sur MON territoire ! »

Lorsqu’il parlait avec sa voix caverneuse, sa mâchoire pleine de crocs bougeait comme une sorte de piège à ours qui s’ouvrait et se refermait dans un mouvement plus qu’inquiétant. Croc leva le cadavre par les deux bras en faisant cliqueter les chaînes cassés au bout de ses larges menottes (vestige de ses entraves quand il était monstre de foire) et propulsa le corps ensanglanté sur l’intrus qui avait osé s’aventurer sur son territoire.

« J’vais t’bouffer ! »

Le dernier cri du monstre était incompréhensible, quand Croc parlait calmement, son élocution était compréhensible, mais lorsqu’il criait, on avait du mal à distinguer ses mots dans ce braillement d’animal sauvage qui sortait de sa gorge grondante. Il attrapa Question avant même qu’il n’ait eu le temps de détaler et le souleva pour le rapprocher de sa tête afin qu’il puisse le renifler attentivement. Croc le tenait en serrant sa main autours de son torse et en le soulevant du sol. Le justicier eut ainsi l’occasion de sentir l’effluve de l’homme-crocodile. C’était un mélange de fumet de viande en décomposition et une odeur de cave humide et grouillante. La pestilence d’un monstre aux petits yeux jaunes reptiliens qui le scrutait avec étonnement, se demandant pourquoi sa proie portait un masque.

« Je vais bâfrer tes entrailles, tu m’entends ? Je vais me régaler et sucer tes os, je vais éplucher ta peau et croquer ton cœur bien pulpeux. »

Les dents de Croc s’entrechoquèrent en un bruit de déglutition et il secoua sa victime dans tous les sens en riant avant de le balancer contre la paroi des tunnels. Il s’approcha dans un rire triomphal, prêt à écrabouiller l’intrus lorsque Croc s’arrêta subitement, tout à coup obnubilé par quelque chose dans le tunnel. Là dans l’eau, il y avait quelque chose qui flottait et que le courant venait juste d’amener. C’était des feuilles mortes. Il tomba à genoux dans l’eau avec un regard concentré, c’est la première fois qu’il en voyait dans les égouts. L’endroit était constamment parcouru par la pourriture, les détritus, les déchets et les rejets industriels. Et là chose inattendus, au milieu des plastiques et des immondices il y avait un élément végétal, chose totalement impensable, Gotham City ne crachait que les résidus de l’enfer industriel et urbain dans les égouts. Rien d’autres. Killer Croc tendit ses mains et ramassa un amoncellement de feuille morte aussi épais qu’une salade. Il fouina dedans avec son museau, miracle ! Les feuilles mortes avaient conservés leur odeur ! Et…

Et l’intrus avait profité de son moment nostalgique de crocodile en quête de végétation des marais pour prendre le large. Croc le prit en chasse, le poursuivant dans le tunnel, courant après lui mais tenant fermement contre son torse avec ses mains son précieux amas de feuille morte.

« Reviens ! J’en ai pas finis avec toi ! »

Ils débouchèrent dans une salle immergée avec des tas de bidons en tôle de produit chimiques qui flottaient. Croc était trop lourd pour sautiller sur les bidons et fuir à travers la salle et il progressait en bousculant les tonneaux et en créant de grande vague d’eau sur son passage. L’eau lui arrivait jusqu’aux genoux. Il se décida enfin à lâcher ses feuilles mortes et tendit ses bras vers le fuyard pour tenter de l’attraper mais celui-ci était diablement agile pour Croc qui avait un mal fou à l’attraper. Il se mit à rugir de frustration et se cogna la tête contre le plafond d’un nouveau tunnel au même moment que sa proie disparaissait dedans.

« Tu paies rien pour attendre ! Tu es chez moi ! Tu m’entends ? Chez MOI ! Tu ne sortiras pas d’ici ! »

Au bout du tunnel Question se retrouva dans une grande salle assez ancienne avec des grosses dalles de pierres sur le sol. L’un des premiers endroits souterrains bâtît sous Gotham un siècle plus tôt. La salle était si vaste que ses pas résonnaient en échos. Il y avait pleins de débris gréseux et sans âges répandus sur le sol. Les murs semblaient dégoulinants d’humidité. On entendit un grondement sourd près d’un mur, quelque chose qui assénait ses poings dessus. Une brèche apparut et la tête de Croc se glissa à l’intérieur. Il fixait Question avec une fureur noire. Sa gueule s’ouvrait et se refermait en bavant de longs rubans d’écumes.

« Te voilà ! Attends un peu que je t’attrape ! »

Il passa son bras à travers la brèche et commença à creuser pour l’élargir et pouvoir passer son vaste corps.

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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Mar 5 Juin - 22:44

[HRP]Dans le doute, j'ai préféré ne pas trop m'avancer sur l'issue du combat entre Question et Croc.[/HRP]

Jusqu'au bout, je m'étais persuadé que le Feu Follet avait exagéré sur le fameux "minotaure" des égouts de la ville. J'aurais sans doute eu davantage de mal à provoquer Croc, ou à l'attendre bien gentiment, si j'avais su par-avance à quoi la bestiole ressemblerait.

* C'est pas vrai ! Encore un monstre de foire ? Ça doit être ma soirée, je ne vois aucune autre explication... J'arrête pas de croiser des phénomènes. * Songeais-je, tout autant affligé par ma malchance que par la terrifiante créature qui venait d'entrer dans la lumière de ma torche.

Pour être franc, son allure ne dépareillait pas dans les égouts humides et gluants, ce qui justifiait d'un certain point de vue soin choix d'habitat. Ce colosse à la stature improbable (il avoisinait les deux mètres cinquante, et se tenait voûté, comme un condamné au piloris) arborait une musculature de lutteur professionnel et une tenue spartiate (un short crasseux usé jusqu'à la corde). Ces caractéristiques, suffisantes pour effrayer le citoyen lambda, gagnaient en impact grâce à l'épiderme écailleux et luisant comme du cuir de croc. D'abord repoussante, la peau grotesque de l'individu perdait vite tout intérêt dès lors que l'on croisait les prunelles de saurien du résident des conduits. Jaunâtres, reptiliennes, les iris prédatrices s'incluaient à merveille dans un visage allongé sans nez ni oreilles. J'imaginais très bien une queue de crocodile se balancer impatiemment, dans le dos ombragé du titan.


* La bête mi-homme mi-crocodile... C'était tout sauf du bluff ! * Me dis-je, tétanisé.

Un reste de repas exsangue dans sa main griffue, l'autre jubila d'une voix grondante et rocailleuse de ne pas avoir à aller récupérer sa proie au-dehors. Son élocution malaisée par un trop grand nombre de crocs produisait à intervalles irrégulières un cliquetis crissant me donnant des sueurs froides. Comme dans un rêve, je le vis hisser un cadavre livide à la verticale, presque sans effort. L'éclat métallique de menottes aux chaînes brisées capta la lumière de ma lampe un fugace instant, juste avant que soixante-cinq kilo de chairs ne me soit expédiés violemment.


* Dégage ! * M'ordonnais-je pour sortir de mon apathie, alors que Croc promettait de me dévorer.

Question fit une embardée de dernière minute, venant s'accoler à la paroi proche pour ne pas se faire emporter par le projectile flasque et décharné le visant. Ma fierté d'avoir réussi à éviter l'attaque ne dura que le temps qu'une poigne massive et froide ne m'enserre dans un étau. Comprimé sur toute la surface du torse, bras coincés le long du corps, la bête écailleuse m'approcha de sa gueule. D'aussi près, j'eus tout le loisir d'admirer les restes de chairs coincés entre les dents effilées de mon kidnappeur, et de sentir les délicats relents de charnier s'échappant du conduit digestif de cet individu. Une forte odeur de mort.

Naïvement, je tentais de gesticuler, de me débattre pour fuir l'étreinte mortel du crocodile bipède, haletant à qui mieux mieux tandis que chaque tentative de reptation mettait mon épaule gauche au supplice. C'était ça ou patienter immobile jusqu'à ce qu'on referme deux rangées de crocs sales sur moi. Toutefois, le carnivore anthropophage s'y connaissait, pour maintenir sa prise ; et malgré de louables tentatives, les doigts glacés du tueur au sang froid demeurèrent serrés autour de mon torse. En voulant le déstabiliser (sans parvenir à articuler le moindre son) par des mots, je compris que mes derniers instants approchaient pour de bon. L'air se figeait dans mes poumons (à moins que ce ne soit ma gorge qui s'étrécisse ?), mes idées ne fusaient plus dans mon cerveau, et je sentis comme une sourde certitude m'envahir implacablement. Paralysé, le justicier que j'aspirais à devenir cessa de se défendre, et occupa ses ultimes moments sur Terre à essayer de respirer le plus d'oxygène possible.


* Mon Dieu... Il faudrait vraiment un miracle pour... *

La suite de ma prière se perdit dans les jacasseries grasses de Croc, qui mobilisa ses muscles de gorille pour m'agiter des pieds à la tête (un peu comme on secouerait une bouteille afin d'en homogénéiser le contenu avant de l'ouvrir) avant de se débarrasser de moi, me projetant tel un gosse jouant avec une poupée de chiffon. Le jouet secoué que j'étais entre ses mains griffues vit un mur très dur envahir son champs de vision une seconde avant de s'y écraser (épaule gauche en première ; inutile de préciser l'évidence...). Si auparavant, mon articulation clavio-humérale ne présentait qu'un léger traumatisme, ce ne fut plus le cas par la suite. Un son typique de déboîtement me tira de nouveau un hurlement de douleur franc. Les muscles tendus, le dos arqué, je restais au sol, à surnager dans les immondices, tâchant de retrouver mon souffle malgré le blocage temporaire de mes muscles respiratoires. Un voile écarlate bloqua ma vision, et je dus mobiliser toutes mes forces pour simplement étouffer d'autres gémissements de souffrance entre mes dents.

* Haaaaaaaa ! Bordel ! Le fils de p*te ! Ça fait maaaaal ! *

A une lenteur effarante, je repris conscience de mon environnement. L'obscurité ne facilitait rien, je réalisais surtout que, dans ma tourmente, je m'étais tortillé sur le sol ; qu'un de mes gants était en morceaux ; et que je me réveillerai d'ici deux jours avec la plus impressionnante collection de bleus de mon existence (à supposer que je sorte vivant de cet enfer d'humidité et d'obscurité, s'entend).

Agenouillé et secouant la tête pour m'éclaircir les idées, je perçus l'absence de mon tortionnaire à la dernière seconde. Braquant mon regard sur la silhouette massive qui me tournait le dos (mes cervicales craquèrent dans le mouvement), j'assistais, interdit, à une scène si grotesque et improbable qu'elle fut gravée comme sur du marbre dans mon cortex : l'infâme colosse se trouvait, aussi agenouillé que moi, à humer puissamment un tas de feuilles mortes. Avec des grognements de phacochère, le saurien se remplissait les narines de chlorophylle, inhalant avec la même passion qu'un accro à la cocaïne devant sa ligne de poudre blanche.


* Je dois halluciner... Je suis mort, et mon cerveau surchargé d'endorphines m'offre un dernier rêve totalement psychédélique pour accompagner mon trépas dans la douceur... * Pensais-je sur l'instant.

Mais juste au cas où...

Question poussa sur ses jambes, empruntant l'itinéraire le plus alambiqué qui soit au travers du dédale de noirceur. Si tout ça était réel, j'avais intérêt à disparaître sur-le-champs. Sans mon feutre, trempé jusqu'au os et empestant de toutes parts, déséquilibré par mon articulation déboîtée, je m'obligeais pourtant à courir en dépit de la fatigue, de la lassitude et du découragement qui s’abattirent sur mes épaules. J'étais blessé, désarmé, perdu dans un dédale de conduits labyrinthiques, et pour couronné le tout, j'avais laissé ma lampe-torche derrière moi. En résumé : on faisait difficilement pire, comme situation de merd* !
Ce qui me sauvait, c'était mon alter-ego. Lui ne baissait jamais les bras, lui ne lâchait jamais prise. Question voyait dans ce pire une épreuve pour tester ses compétences, une forme d'entraînement de l'extrême, de stage de survie en milieu hostile. De la préparation pour sa croisade contre le crime organisé. S'il survivait à ce bras de fer, l'homme sans visage en ressortirait grandi et blindé.

Le rugissement frustré de Croc se répercuta sur les parois, amplifiant encore une voix qui n'en avait nullement besoin. Tout en conservant un rythme soutenu, je me mis en quête d'une échappatoire digne de ce nom. Les conduits se comptaient par dizaines, certains probablement condamnés, d'autres submergés. J'allais de voir porter mon choix avec sagesse et promptitude. Un mélange qui faisait rarement bon ménage...

Salle en vue immergé dans de l'eau stagnante, éclairée par quelques lampes témoins subsistantes. Semble avoir contenu des barils (pictogramme indiquant la substance illisible) qui depuis la montée des eaux flottent comme des plates-formes aquatiques. Les bidons supporteraient le poids moyen d'un adulte, mais pas d''une charge supérieure à quatre-vingt dix kilos. Nombreux éléments en flottaison éparpillés dans la salle : multiples possibilités d'itinéraire facilitant la fuite. Niveau de l'eau estimé : ne permettra pas au poursuivant de s'immerger assez pour nager convenablement. Stratégie de fuite : adopter le plus court trajet au travers de la salle inondée, en n'hésitant pas à bifurquer pour compliquer la tâche au poursuivant. Finalité : atteindre une zone dégagée, sèche et suffisamment vaste pour anéantir l'avantage conférer par une grande taille dans un milieu clos.

Sans perdre plus de temps, je pénétrais dans la salle immergée, priant silencieusement pour que les bidons métalliques mouillées ne se révèlent pas trop glissants... Tomber à l'eau à partir de maintenant signifierait la fin du voyage pour Question. Heureusement, je bénéficiais d'excellentes raisons pour me lancer. Une motivation de presque trois mètres de haut, notamment.


* Ne réfléchis pas. Sois dans l'instant. Agis à l'instinct, et ne laisse pas les doutes te faire perdre du temps. * Me conseillais-je. Mes intuitions ne m'avaient jamais trahi, et savaient toujours se manifester au meilleur moment. En avoir une me mettais en confiance quant à mes capacités à réussir.

D'un bond contrôlé, j’atterris sur le plus proche cylindre en flottaison, assurant mon équilibre grâce à mes bras. Au terme de quelques oscillations, je pus me préparer à un deuxième saut. Sauf que pendant ce temps, la créature des égouts m'avait rejoins.


* Pas comme ça ! Ne rééquilibre pas ton assise après chaque saut : enchaîne-les. Vois le conduit à l'autre bout comme ton point d'arrivée, et le bidon sur lequel tu te trouves comme ton point de départ... Chaque baril intermédiaire est une phase de ton déplacement, tu ne dois y rester qu'une seconde. Ne t'y attardes pas, et tu ne perdras pas ton équilibre. Sois en mouvement constant, de ton point de départ à ton point d'arrivée. *

Le stress me faisait un drôle d'effet, décidément. Si je survivais à tout ça, il ne me resterait plus qu'à rédiger un traité de philosophie ou à me faire sage d'un temple.

Le colosse aux menottes brisées dévastait tout sur son passage, et risquait de perturber mon équilibre si je l'attendais plus longtemps. En expirant à fond pour me vider la tête, j'effectuais un nouveau saut, une jambe en appui et l'autre armée pour repartir. Un vacarme d'éclaboussures, de grondements et de bidons heurtés tinta à mes oreilles recouvertes de Pseudoderm, et c'est dans un état second que je me jetais à l'aventure. Mon cerveau cessa de s'inquiéter du futur ; mes souvenirs disparurent. Mon regard glissait d'une étape à l'autre de mon parcours acrobatique, et tout ce passait comme si il me suffisait de
regarder un point dans l'espace pour que mes jambes m'y amènent. Mes yeux devinrent un curseur avec lequel je visais ma destination ; tout le reste appartenait à de la motricité réflexe. Réfléchir m'était impossible, et aurait freiné le processus automatisé depuis des générations dans mon inconscient. Un sourire de joie incrédule s'élargit sous mon masque de neutralité à mesure que la frénésie de la réaction instantanée m'éloignait des griffes en quête de mon cœur. L'espace de cette course-poursuite en milieu aquatique, j'eus le sentiment... D'être plus qu'un homme. D'être un surhomme aux réflexes de félin. Après-coup, il m'apparut que cette impression de toute-puissance devait s'expliquer par un cocktail d'hormones de stress (adrénaline, cortisol et autres médiateurs de l'information) ; mais au moment des faits, je crus pulvériser un record.

* Ne t'enflamme pas trop, mon gars. N'oublie surtout pas que le croco veut toujours ta peau. Tu as peut-être repris l'avantage, mais tu n'es pas tiré d'affaire pour autant. Alors continue de courir ! * Me tempérais-je pour ne pas pécher par surestimation. Comme pour me donner raison, l'infâme mangeur de chair humaine m'assura que mes esquives demeureraient vaines tant que je restai sur son territoire.

Il me fallut avancer courbé pour parvenir à la salle suivante, mais l'endroit méritait que l'on s'écorche les coudes et les genoux pour l'atteindre. Dallé sur toute sa surface, l'espace respirait l'ancienneté et l'humidité. Haute de plafond, majestueuse dans sa déliquescence survenue après son abandon aux déchets de la ville, cette salle convenait parfaitement à mes attentes. Et un rapide examen des parois me permit de vérifier un pressentiment : les murs étaient faits de grès, et surchargés d'humidité. Ce qui voulait dire qu'ils ne résisteraient pas à un impact modérément fort. Comme par-exemple, la masse d'un catcheur recouvert d'écailles balancée à pleine vitesse...


* Pas bête ! Il suffira d'énerver assez Croc pour le décider à me charger dessus. En esquivant au dernier moment, je l'amènerai à se prendre une cloison, ce qui devrait causer assez de dégâts pour provoquer un éboulement. Une fois le monstre K.O., je n'aurais plus qu'à retrouver la sortie. *

Je vous l'accorde : sortir de ce labyrinthe ne serait pas une gageure... Mais comparée à la perspective de combattre le gros méchant crocodile des égouts, tout devenait brutalement beaucoup plus simple. Au moins, quitter le réseau souterrain serait une tâche calme, et, pour ainsi dire, reposante...

* A moins de tomber à nouveau sur le Feu Follet Fou. Ha ha ha... * Ironisais-je en riant jaune, avant de sursauter (heureusement que personne ne me voyait !) lorsqu'une grosse patte endommagea l'un des murs.

Ce qui était une bonne nouvelle : Croc disposait donc effectivement de la force nécessaire pour causer un éboulement et sceller son propre sort. Mais en voyant ce que ses griffes faisaient à un solide mur, je ne pus retenir une déglutition anxieuse tout en palpant mon torse, si fragile tout-à-coup. Pourtant, il me fallait m'en tenir au plan. Qui consistait à jeter des bidons d'huiles sur le brasier de la colère de Croc. Un domaine dans lequel je n'excellais pas forcément, mais qui, d'un autre côté, n'exigeait pas de compétences particulières. M'approchant juste assez pour être hors de porté des mains du saurien, je houspillais :


« Tu y es presque, mon gars. Vas-y, encore un tout petit effort, et tu pourras me manger. Oh, évidemment, tu resteras toujours aussi laid, débile, et ridiculement gros. Mais bon, au moins, tu seras un gros abruti repoussant repu. J'imagine que c'est tout ce qui importe aux étrons de ton genre... Tu dois te sentir bien, dans ces égouts, d'ailleurs. C'est dans ces endroits qu'on jette les merd*s, non ? »

Pour parachever le tout, je pris entre mes doigts noirs de crasse un débris de la taille d'une pomme, et déclarais, avant de jeter mon projectile sur la masse de muscles et de crocs :

« Tiens, pour te prouver que tu n'es qu'un énorme tas de fiente, je vais te montrer que tu éclabousses bien comme il faut lorsqu'on te balance un truc à la gueule. »

Le pauvre morceau de grès s'abattit sans mal sur la cuirasse épaisse de mon interlocuteur, mais, selon toute vraisemblance, il devait désormais y voir rouge écrevisse.
D'ailleurs, j'avais réellement intérêt à ce que plus un seul de ses neurone ne soit actif, sinon, il flairerait mon piège, tant celui-ci était grossier...


* Un peu tard, pour les regrets, Vic... * Me fis-je la réflexion.

Il aurait en effet été nettement plus pertinent d'avoir ce genre de doute avant de pousser mon poursuivant à bout de nerf. J'avais lancé la machine, et verrouillé le tout. Plus rien ne pouvait me permettre de revenir en arrière. J'en étais au stade "ça passe ou ça casse". Aussi rapidement que possible, je m'éloignais de la trouée creusée par le colosse aux yeux jaunâtres, me campant dos au mur qui me paraissait être le plus épais. Si, en me fonçant dessus, Croc traversait une simple cloison, non seulement il ne serait pas neutralisé, mais en plus, moi, je devrais improviser une contre-attaque dans l'urgence. Un scénario à éviter, donc.
Le gros soucis, c'était mon épaule gauche. Douloureuse, lancinante, elle risquait de me gêner dans mon mouvement d'esquive. Or, si je ne parvenais pas à m'éloigner suffisamment de l'axe de charge du mastodonte... On finirait par dénicher de la bouille de Question dans les égouts de Gotham. Campé sur mes deux jambes, mains écartées et placées au niveau de mes poches, je pris la pose d'un cow-boy sur le point de dégainer, dos au mur. Pour la postérité, je me permis une ultime bravade.


« J'attends toujours que tu m'attrapes ! »
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Master Rp

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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Mer 6 Juin - 17:24

(HRP: peu importe l'issus du combat, je ne pense pas que ça auras une incidence sur la suite^^)

Killer Croc


Le crocodile humain se démenait comme un fou pour se dégager un passage pour sa vaste carcasse d’écailles vertes tout en grognant bestialement rien qu’à l’écoute des paroles de sa proie qui le mettait en fureur, il rêvait de le tenir entre ses pattes pour lui broyer les os.

« J’suis pas gros ! J’suis costaud ! Tu vas me supplier pour que j’abrège tes souffrances lorsque j’t’aurais arraché les jambes ! »

Et dans sa dernière invective qu’il lui asséna tout en brandissant vers lui son poing rageur, il bascula en avant poussé par la rage et fit s’écrouler le mur. Il se releva dans un nuage de poussière le visage plus mauvais que jamais et fronça ses petits yeux jaunes de sauriens :

« Enfin ! Viens par-là casse-croute, tu vas déguster j’te l’garantis ! »

Il fonça vers le justicier les deux bras en avant et la langue pendante hors de sa bouche comme un chien qui vient d’apercevoir un os savoureux et bien épais à ronger. Il percuta le mur dans un mouvement que n’aurais pas renié un taureau pendant une corrida et se releva pour continuer à poursuivre sa proie de plus belle à travers la salle. Il tourna 3 fois en rond en courant à sa poursuite, les bras toujours en avant pour l’attraper et finalement heurta un mur qui s’effondra totalement. De l’autre côté un vide entouré de parois en cuivre rongé par l’ancienneté. L’eau s’écoulait dedans pour s’enfoncer dans les abysses noirs. Croc était accroché par ses deux mains aux parois et ses griffes s’enfonçaient dedans, il tentait désespérément de s’y maintenir pour ne pas tomber dans les profondeurs. Il se démena en se rendant compte que le fâcheux masqué qui l’avait provoqué était accroché à lui en enlaçant son cou (plutôt son échine vu la forme physique de Croc) pour ne pas tomber. A moitié étranglé par les bras convulsé par l’effort de Question qui s’agrippait, le colosse se mit à beugler :

« Arrête de bouger maudit tas de bidoche, tu vas nous faire tomber ! Arrête j’te dis ! »

Avec leurs gesticulations communes ils commencèrent à glisser à travers le conduit qui avait des allures de bouche de l’enfer.

« Arrête j’ai dis ! Bon ça va, j’ai compris ! Je retire ce que j’ai dis, J’te Boufferais pas, j’irais bouloter autre chose, doit y avoir des SDF à c’t’heure ci près du canal nord. MAIS ARRETE ! Puisque j’te dis que j’te mangerais pas, j’ te raccompagnerais même à la sortie des égouts ? Tu m’crois pas ? Pourquoi ? J’ai pas une tête qui inspire confiance ? »

Ils tombèrent tous les deux dans l’abîme et Croc se mit à hurler.

Ils retombèrent dans l’eau 30 mètres plus bas et dérivèrent dans le courant jusqu’à heurter un amoncellement d’ordures. Killer Croc rampa dedans pour poursuivre Question mais à chacun de ses gestes il dévalait la pile d’immondices encore et encore en créant des éboulements tout en criant de rages :

« Maudite ville ! Pourquoi les gens achètent toutes ces imbécilités qui ne servent à rien et dont ils ont pas besoin avec du fric qu’ils ont pas pour ensuite le balancer CHEZ MOI ! »

Pendant qu’il se débattait pour s’extraire du tas dans lequel il était coincé, voilà la nouvelle salle juste à côté qui s’offrait à Question :

Elle était vaste comme l’intérieur d’une église, le plafond était à 20 mètres au-dessus de lui et même d’avantages. Plus il s’avançait plus les murs autours s’éloignaient et plus le plafond en haut devenait invisible, on avait plus l’impression d’être dans une cour titanesque plongée dans l’obscurité de la nuit que dans les égouts. Et là dans le mur juste en face de lui, une unique porte en bois.

Elle n’avait rien de rassurant car tout autours il y avait des montagnes et des montagnes de tas d’os humains. Tous dévorés par vous savez qui avant qu’il ne balance les restes. Des vêtements, des montres et quantités d’autres ustensiles étaient répandus sur le tas d’os, notamment une radio en mauvais état qui avait été balancé là récemment et qui diffusait sa musique en crachotant et en grésillant :


La porte était assez large pour laisser passer Killer Croc. Une chose figurait dessus, une feuille de papier y avait été clouée. C’était un dessin grossier, celui d’un enfant. Croc était dessus, dessiné avec maladresse et en couleur de feutres de coloriages criards mais il y avait des petits cœurs autours. Une unique légende écrite avec lenteur et imprécisions par le même enfant :

Bienvenue dans la maison de Croky le croco nounours et ses amis.

Derrière la porte, il y avait un tunnel de pierres menant à l’antre du crocodile meurtrier. En chemin on tombait sur d’autres cadavres en décomposition et démembrés. Le plus récent était celui d’un médecin de l’asile d’Arkham (décapité mais encore en blouse blanche). A côté de son corps il y avait une sacoche en cuir dont le contenu se déversait par terre, notamment cette feuille :

Nom : Jones

Prénom : Waylon

Taille : 2m74

Poids : 141 kg

Profil psychologique :

Jones souffre depuis sa naissance d’une mutation rare à l’origine de graves difformités physiques qui se sont encore aggravé avec l’âge. Sa peau est verte et écailleuse, son corps s’est développé dans des proportions grotesques. S’il est incontestable que ces complexes physiques sont à l’origine de ses troubles psycho-sociaux, sa misanthropie caractérisée semble provenir d’une enfance dont on comprend qu’elle a dû être douloureuse au regard de l’alcoolisme de ses parents et de la cruelle intolérance de ses camarades. Il s’attache de plus en plus à une perception animale et sous-humaine de lui-même.

Notes complémentaires :

La sévérité de sa misanthropie en fait un patient difficile à traiter. Il refuse toute forme de socialisation, ne réagissant que lorsqu’il est considéré comme un animal dangereux, ce qui correspond clairement à la vision qu’il a de lui-même. Il est possible que la sévérité de ses stigmates corporels ne lui permette jamais de trouver sa place au sein de la société. Ceci se révèle éminemment clair lors de ses attaques répétés à l’encontre des médecins et du personnel soignant de l’asile, qu’il tente parfois avec succès de tuer et de mutiler.


Plus loin le couloir débouchait sur une sorte de caverne meublé avec canapés et tapis tous en très mauvais états et plongés dans une saleté indicible, ainsi que lampes à abats jours branchés sur un compteur gégène. La seule décoration au mur était une affiche promotionnelle d’une fête foraine avec Croc en vedette. Venez contempler la force de l’homme crocodile, il peut tordre le fer et engloutir un poulet vivant. 3 personnes étaient assises autours d’une table en bois rustique. Deux frères gémeaux collés l’un à l’autre et vêtue d’un costume de foire en haillon décoloré, un bossu habillé de même en train de faire manger de la soupe aux gémeaux et par terre, une petite fille avec des doigts palmés en train de faire des dessins. Ses feuilles étaient répandues partout sur le sol. Ils entendirent une présence et la petite fille questionna :

« C’est toi Croky ? Tu as ramené d’autres boîtes de conserves ?»

Pendant qu’ils levaient tous la tête. Ils observèrent Question avec un air effaré et craintif. Les frères gémeaux se mirent à sangloter, la petite fille vint se cacher sous la table et le bossu hurla :

« Croc ! Viens vite ! Il y a un intrus ! »

Le grondement de Croc se fit entendre, il se rapprochait, mais semblait encore trop loin pour intervenir à temps et la petite fille paniqua sous la table en criant :

« Non je ne veux pas retourner dans la cage ! »

Le bossu très apeuré vint s’agenouiller devant Question tout en joignant ses mains:

« Non pitié ! Ne nous ramenez pas à la foire ! Ils vont nous battre parce qu’on s’est enfuit ! »

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Vic Sage

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MessageSujet: Re: Event 2: Mission 1 -Le monstre des égouts   Mer 13 Juin - 14:13

[HRP]Dernier post de Vic pour ce topic. Je ne sais pas s'il est important de décrire ce qui se passe durant la période où Question est inconscient. Je laisse ce choix au bon Master RP Wink[/HRP]

* Vic, mon ami, c'est l'heure de vérité. *Pensais-je lorsque, dans un fracas étourdissant, mon poursuivant défonça ce qui restait de la cloison nous séparant l'un l'autre.

De mon côté, je me tenais prêt à réagir, testant régulièrement la réactivité de mes membres en dansant sur la pointe de mes pieds. S'il n'y avait pas eu les hurlements sauvages de Croc, j'aurais sans doute entendu le cuir de mes chaussures crottées et trempées couiner. Mon rythme cardiaque s'accéléra en prévision de l'effort à venir, et il me fallut bloquer mes muscles pour ne pas bondir trop tôt hors d'atteinte du prédateur saurien. La bête, dépouillée de ses dernières parcelles d'humanité, me chargea avec une vélocité spectaculaire, expédiant sa masse colossale droit dans ma direction, avalant la distance nous séparant en un clin d’œil. C'est d'ailleurs précisément l'intervalle qui sépara ma pensée cohérente de la mise en action de mes jambes.


* Esquive... Maintenant ! *

Battement de paupière. L'influx nerveux s'en va propager l'ordre urgent en une seconde et demie, la seconde et demie nécessaire pour que les griffes du reptile bipède ne soient plus qu'à un petit mètre de mon torse. Tout se passe très vite, et mon cerveau, cet ahuri, n'enregistra rien de pertinent des minutes qui suivirent. Focalisé sur le bruit de tonnerre que fit la rencontre entre le mur et le résident permanent des égouts, je me réceptionnais vaille que vaille sur mon épaule droite, épargnant au mieux la gauche, et butait contre une dalle saillante dans le sol. Déséquilibré, Question peina à se redresser, conservant pour une durée de sécurité une station agenouillée. Étourdi, je secouais la tête, espérant dissiper les myriades de petits points qui brillaient dans mon champs de vision et m'empêchaient d'y voir clair. La vaste salle s'ébroua, menaçant de s'effondrer en abandonnant sur le sol des traînées de poussière et des morceaux de roche friable. Heureusement, les fondation tinrent bon... A l'image de mon adversaire, qui me fondit dessus gueule béante et mains prêtes à m'agripper le col.

La charogne ! Il n'avait pas eu son compte en percutant le mur.


* Pourriture de crocomonstre * L'invectivais-jein petto tout en me précipitant abruptement vers le centre de la pièce.

Inutile d'essayer de lui faire mal avec mes poings : sa peau devait encaisser même l'impact d'une barre de fer. Qui plus est, au vue de son allonge naturelle, le corps-à-corps était à proscrire. Mon unique espoir résidait dans un second piège (le même que le premier, pour ne pas arranger les choses), idéalement sur une portion de mur tout aussi solide ; néanmoins, puisque j'allais devoir le maintenir à distance tout en tâchant de le duper, il ne serait pas étonnant que j'en vienne à saisir la première opportunité se présentant. Je savais à quelle vitesse pouvait courir ce mastodonte aux crocs effilés ; en ligne droite, je n'avais pas le moindre espoir. Et je le suspectait également de disposer d'un bien meilleure endurance que moi, puisque en dépit des forces qu'il avait déjà dépensé, Croc ne haletait pas du tout. Je me mis à zigzaguer sur les dalles, mon poursuivant se disputant avec mon ombre pour être celui qui me collerait le plus. Je crus plus d'une fois sentir des griffes s'enfoncer dans mon dos, ou me labourer les jambes ; et pourtant, à force de tournicoter et d'esquiver, j'échappais à la mort venue des canalisations.


* Je ne tiendrai pas indéfiniment à ce rythme... Faut trouver une solution pour abréger le combat, et vite ! * Fis-je en sentant mon organisme désespéré de ne plus recevoir suffisamment d'oxygène.

A bout de souffle, au détour d'une énième succession d'esquives réalisées de justesse, le justicier au crâne découvert que j'étais mit un genou au sol, et happa goulûment l'air vicié des profondeurs. Profitant de devoir mimer l'impuissance, j'inhalais au maximum afin de me ressourcer sans retenu. La montagne de muscles écailleuse se dépêcha de saisir sa chance, démarrant à pleine puissance dans l'objectif évident de me renverser. Un peu groggy par le soudain afflux d'oxygène dans mes poumons, j'eus la lucidité de pousser sur mes mollets et de relever le chef, contemplant ma fin dans les yeux. Des yeux luisants mais aussi fascinants que les phares d'une voiture fonçant sur un lapin...

Impossibilité d'esquiver dans les délais imposés ; aucun arme ni dispositif à employer pour retarder l'échéance. Épaule gauche invalidée ; nécessité de privilégier une action courte dans le temps pour minimiser la douleur et éviter la perte de connaissance.
Adversaire massif et courbé : possibilités d'escalader l'animal. Charge bras tendus, cou en extension, en pliant une jambe à la fois. En prenant appui sur le genou lors de la flexion, glisser vers le dos de l'opposant et saisir l'articulation cervicale, zone la moins aisée à atteindre pour le colosse. Lacune de l'approche : risques de se faire blesser par les gesticulations de Croc, surtout par ses griffes. Bénéfices : si un second choc facial contre la paroi ne l'assomme pas, facilités pour fuir.


La synchronisation se fait ici à la milliseconde près. Sur une impulsion, Question se lança sur son agresseur, jetant une jambe puis l'autre dans les airs, tandis que la brute anthropophage réalisait (trop tard) qu'on lui grimpait dessus. Une semelle sale au possible imprimé son empreinte faite d'humidité, de détritus et de déjections sur le short crasseux et déchiré du gardien des égouts Parallèlement, deux bras solides s'enroulèrent autour de l'épaule droite du saurien, me permettant de venir ramener ma seconde jambe sur le dos afin d'équilibrer ma position. De là, un coup de rein (me faisant grogner de douleur) me permit d'attraper le cou rugueux et épais de la bête empestant la charogne.
La performance me vida du peu d'air que j'avais économisé, et mes oreilles se mirent à bourdonner juste avant l'impact.

Pareil à une détonation, le choc frontal menaça de me désarçonner. Je resserrais mon étau, craignant de subir le courroux vengeur de mon poursuivant, mais me sentit au lieu de cela tomber dangereusement vite. Seule la vivacité d'esprit de mon ennemi me sauva la vie, lorsqu'il s'ancra à pleines mains aux rebords du trou que nous venions de creuser. Une eau poisseuse, immonde et âcre nous fouettait le visage et les sens, me contraignant à retenir mon souffle dans une insupportable apnée. Je sentis des vibrations dans la cage thoracique de mon sauveur indiquer qu'il parlait, mais n'en entendit que des bribes. En substance, cela donnait "lâche prise !", une injonction à laquelle j'escomptais bien contrevenir. Hélas, dans l'incapacité de parler, je dus me contenter d'agiter les membres, espérant parvenir à remonter sur la montagne humanoïde que j'escaladais, et récupérer un peu d'air. Mes tentatives asphyxiées ne nous valurent que de glisser de quelques centimètres vers une chute mortelle.


* Oxygène ! * Implorais-je, au supplice de l'agonie.

Et soudain, une constatation surréaliste me vint.


* Si on tombait, nous passerions sous le jet d'eaux usées... Et là-bas, il y a de l'oxygène ! A foison ! * Délirais-je en considérant le fait de m'écraser au sol comme un effet de second plan. Ma priorité universelle était de respirer. Une fois avec de l'oxygène, je pourrai m'occuper des autres problèmes techniques. Comme par-exemple "comment survivre à une chute dans un puit sans fond ?".

Avec l'énergie d'un ultime soubresaut, je nous entraînais vers les ténèbres, sourd aux véhémences de la victime de ma folie. La gravité s'empara de nous, tirant comme sur un fil invisible relié à nos pieds, nous attirant vers le bas, plus vite, de plus en plus vite. Lorsque le dioxygène revint à un taux normal dans mon système, tout était déjà décidé, et un sifflement persista dans mes tympans. J'étais dans le noir, et privé de mon ouïe. Aveugle, malentendant, blessé, désarmé, perdu, condamné... La liste de mes handicaps ne cessait de s'accroître, à la différence de mon énergie qui, elle, diminuait à chaque face à face avec Croc. Le Feu Follet Fou n'occupait plus mon esprit depuis bien longtemps, obnubilé que j'étais par la nécessité de survivre à ma rencontre des égouts. Mon costume claquait au vent, battant follement mes flancs tandis que nous n'en finissions pas de chuter. Sans repère visuel, la sensation de tomber vous donnait de sacrés vertiges ! Sans parler de l'appréhension de l'impact à l'arrivée, que vous ne pouviez pas anticiper. De mon mieux, je fis en sorte de placer ma monture improvisée entre mon corps et l'emplacement supposé du sol, espérant que le colosse absorberait tous les dégâts. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque nous heurtâmes de l'eau ! Une eau, certes, aussi dure et douloureuse au senti que du béton, mais de l'eau malgré tout.

Le torse volumineux du saurien claqua à la réception, m'immergeant à sa suite dans les profondeurs d'un bassin aux dimensions difficiles à évaluer. Trop conscient qu'à la nage, le crocodile humain me battait à plate couture, je guettais vivement un morceau de terre un tant soit peu ferme, pliant les jambes pour amorcer mon saut. Ma déveine m'abandonna pour quelques secondes, moment durant lequel mon ennemi au sang-froid combattit l'étourdissement conséquent à notre descente en chute libre. Installé sur ma barge de fortune, je nous laissais dériver, épiant l'horizon direct (au-delà des trois mètres, le noir avalait tout ce qui appartenait au domaine du visible).


* C'est quoi, ce truc, là ? * Soliloquais-je en examinant de mon mieux une forme grossière dépassant des flots sombres et nauséabonds.

A mesure que nous nous en approchions, l'amas se révéla être une concentration de déchets formant une digue primitive, probablement glissante et traîtresse. Faute d'une meilleure option, je m'y précipitais, avançant d'un pas agile contrebalancé par les fréquents éboulis que la collection d'objets vétustes connaissaient. Montres cassées, lampes ébréchées, bibliothèques brisées... L'ensemble, très hétérogène, branlait au moindre frémissement. J'avais froid, et en même temps épouvantablement chaud, chaque bond me semblait être le dernier, et fréquemment, il me sembla que j'allai m'évanouir. Or, par l'opération de puissances supérieures, mon cœur tint bon, me fournissant juste assez d'énergie pour pousser jusqu'au plancher des vaches. En sûreté, je fis une longue pause, écoutant Croc vilipender la société de consommation. Aurais-je eu envie de l'approuver que je n'aurais pas pu : trop peu d'oxygène pour en gaspiller en vaines exclamations.

Mais, tout fatigué, harassé et blessé que je sois, il n'en demeurait pas moins qu'un tueur se trouvait sur ma piste. N'abandonnant pas ses projets de me sucer la moelle des os, le mastodonte s'acharna bruyamment, triomphant du tas de déchets à force d'obstination. A peine remis de mes émotion, je recouvris une station érigée, et, perclus de tiraillements, de crampes et de courbatures naissantes, poursuivis ma quête d'une sortie à cet enfer. Cahin-caha, Question traversa un espace vide, riche en échos de ses claquements de talon sur un sol de pierre, remarquant avec une grimace écœuré les restes d'un repas constitué d'humains. La seule chose à savoir était : Croc vivait-il seul dans les égouts, ou bien était-il le papa d'une monstrueuse famille d'écailleux mangeurs d'hommes ?


* Vu la malchance qui me colle à la peau, ça ne m'étonnerait pas que les égouts abritent toute une portée de Croc-juniors... * M'attristais-je en baissant les épaules (celle de gauche se rappela douloureusement à mon bon souvenir).

Le battement régulier crachoté par une vieille radio se chargea de me seriner ma solitude sur un ton des plus désabusés. La chanson, de piètre qualité faute de hauts-parleurs humides, ne tarda pas à me taper sur le système. Stoïque, je me fis violence pour ne pas flanquer un bon coup de pied dans l'appareil, me pondérant en considérant que, sous couvert de cette maussade litanie, le son de mes pas ne serait pas audible pour d'éventuels sauriens en attente d'un bon repas ramené par Monsieur crocodile.
Une porte aux dimensions respectables s'opposa bientôt à mon avancée, bien que non-verrouillée par le moindre cadenas. Accroché à la surface de bois écaillé, un dessin d'enfant tout en candeur et en illusions me donna à voir un portrait peu flatteur de mon adversaire revanchard, annoté d'une mention précisant que je me trouvais devant la maison de "Croky" et de ses amis. Ma main demeura figée le long de mon menton, alors que je m'absorbais dans les postulats les plus cauchemardesques.


* Quel genre d'amis peut bien avoir un crocodile bipède de presque trois mètres ? Un centaure ? Un cracheur de feu ? Ou d'autres aberrations de la nature, toutes aussi dangereuses et violentes que lui ? *

Je serais resté là, à remuer mes méninges, si le résident des canalisations n'avait pas poussé un de ses hurlements. Secoué et poussé par l'urgence, j'oubliais mes craintes, poussant le battant de toutes mes forces pour manquer de trébucher dans un escalier biscornu menant à un tunnel troglodyte jonché de cadavres. J'ignore si c'est l'habitude des vapeurs d'égouts ou le fait d'être poursuivi par une machine à tuer, mais mon estomac ne se révulsa pas de découvrir un tel charnier. Je fus plus intéressé par la sacoche d'une dépouille sans tête encore revêtue de sa blouse blanche (un personnel de santé, donc). Ramassant les feuilles éparpillés, je l'ouvris toute grande, espérant y dénicher une source de lumière, comme une lampe-torche, par exemple... Mais le sac ne contenait que du papier (illisible, dans la semi-obscurité, à part pour les chats). De dépit, je réitérais mes recherches, tâtonnant à l'aveugle, jusqu'à trouver une petite forme familière. Un briquet.

* Enfin ! * Fanfaronnais-je en exhibant le précieux outil à un public imaginaire en liesse.

Juste pour me donner l'illusion de ne plus être désarmé, j'installais la sacoche contre mon torse, prenant garde à la tenir hors de l'eau, et poursuivis ma route en tâchant de surveiller mes arrières. Croc pouvait surgir à tout instant, désormais ; et si je lui donnais l'occasion de frapper par-surprise, il n'aurait pas besoin d'une seconde chance pour me dévisser le crâne. Circonspect, et nerveux, Question se glissa dans le tunnel en pierres apparentes, tournant la tête dès qu'un gravier chutait trop bruyamment dans une flaque. Le briquet se trouvait à l'abri dans ma main, mais je jugeais préférable de le conserver pour des heures plus sombres (sans mauvais jeu de mots). Pour l'heure, j'y voyais. Grossièrement, mais assez pour qu'une source de lumière ne me soit pas vitale. Et je ne savais pas quelle quantité de gaz restait dans mon unique atout. Seule la logique, qui voulait qu'on ne gardât pas sur soi un briquet vide, tint éloignée de mon esprit l'idée que la source de flammes n'était déjà plus d'aucune utilité.

Dans le lointain, apparut de la lumière. Crue, jaunâtre et sale, elle illuminait de sa clarté défraîchie une sorte de cachette rupestre au confort spartiate. Placés sans soucis d'harmonie, du mobilier de récupération offrait aux amis de Croc de quoi s'asseoir, dormir ou poser des assiettes, tout ça sans jamais voir la lumière du Soleil. En discernant mon arrivée, une petite fille (à peine dix ans, si j'en croyais son timbre et la syntaxe) me héla, croyant avoir à faire à son protecteur amphibien. La déconvenue que leur causa mon entrée en scène jugula l'horreur que m'évoquait leur physique disgracieux. Un bossu, des siamois, plus une gamine qui m'apparut normale jusqu'à ce que ses doigts, reliés entre eux par une membrane diaphane, ne m'apparaissent.
Le style vestimentaires des résidents trahissait une enfance à subir les regards de spectateurs venus admirer des curiosités humaines exposées tels des animaux sans âme. La réaction unanime des anciens forains ne me laissa pas le plus petit doute : ces gosses avaient été instrumentalisés, rabaissés et humiliés dès leur enfance. De là à dire que Croc les hébergeait et s'occupait d'eux par pure empathie, parce que son enfance s'était déroulée de manière similaire, il n'y avait qu'un pas à franchir. Comment en vouloir désormais, à un homme qui s'était consacré à aider ceux qu'il ne voulait pas voir finir comme lui, en bêtes traquées pour leurs différences. Un dégoût amer de moi-même me fit serrer les poings, et je me mordis les lèvres pour ne pas proférer d'obscénités devant mon jeune public effrayé. De honte, je baissais la tête, les épaules relâchées et les mâchoires crispées.

Je me sentais sale. Affreusement sale. Et con. Chacune des insultes que j'avais balancé à la tête du résident des canalisation me revint en mémoire, dans une insupportablement précision et surtout, crachée avec un souverain, un authentique mépris de l'autre. Parce qu'il ne se cantonnait pas aux standards... Mon comportement intolérant me ravalait au rang des pires racistes, rendant par la même totalement justifiée la vendetta exigée par Croc. Dans une abîme d'auto-révulsion, je ne pus articuler un son, trop occupé que j'étais à me flageller mentalement, à me couvrir d'insultes. Et pendant tout ce temps, un tueur en série s'était échappé, après avoir emporté une nouvelle vie humaine dans son sillage carbonisé...


* Mais ça va s'arrêter. Ça va s'arrêter, parce qu'à partir de maintenant, je ne connaîtrai plus le repos tant que le Feu Follet courra dans les rues de Gotham. Sundance peut attendre, j'ai un compte personnel à régler avec le pyromane... * Promis-je avec une invisible mais très prégnante lueur de détermination au fond des yeux. Et cette lueur ne s'effaça qu'au profit du chagrin que me causait la vision d'enfants terrifiés par ma présence.

* Je ne suis pas un méchant... Je ne suis pas censé être redouté par les gosses ! * Me récriais-je, frustré de voir jusqu'où ma lubie de combattre le crime m'avait éloigné de mon objectif initial.

Rangeant dans ma poche la grosse voix de Question, je tâchais de rassurer de mon mieux les orphelins, utilisant ma voix normale.


« Tout va bien, les enfants. Je ne suis pas venu pour vous... Très très lentement, j'apposais une main tendre sur le sommet du crâne du bossu agenouillé devant moi, massant son cuir chevelu épars. Je ne vous ferai aucun mal, c'est promis. Toutes mes excuses pour vous avoir dérangés, vous et Croc. J'essayais juste d'attraper un... Méchant. Pour l'empêcher de vous faire du mal, ou de blesser votre ami.» Expliquais-je, souriant à demi en sentant l'auditoire se calmer un peu à l'écoute de ma voix.

Sauf que ce n'était pas ma voix qui les avait rassurés.


« J’peux m'défendre tout seul, l'asticot ! » Cracha un timbre éraillé et hargneux, avant qu'on ne me lacère le dos.

Je sentis une explosion de douleurs me vriller la nuque, puis le monde explosa comme un miroir fracassé, et je crus retomber dans les abîmes des égouts. A la différence que cette descente-ci fut incomparablement plus longue.

A ma grande stupeur, je finis par me réveiller... Bien vivant. Écorché vif, et à peine capable de soulever les paupières, mais en vie ! Dans les vapes, je tentais de relever la tête, dans une tentative d'examiner mon environnement. Mais dans mon champs de vision, tout se trouvait comme brumeux, ondoyant et grisâtre. Le simple fait de soulever le poids de mon crâne avec les muscles de ma nuque me tira un râle de souffrance. A bout de force, je fis une pause. Une ombre massive me domina soudainement, et je pus discerner la dernière consigne de mon guide inespéré.


« J’plus jamais t'voir dans MES égouts ! »

J'étais dans un état minable, lamentable. Un sans-abri aurait eut l'air d'un gentleman à mes côtés ; et je savais déjà que plusieurs plaies risquaient de s'infecter si je ne les traitais pas immédiatement. Ce genre de chose survenait fréquemment, lorsque vous vous baladiez avec de grosses écorchures dans les immondices... Mon costume agonisait, je risquais de ne pas pouvoir lever le petit doigt sans geindre avant des semaines, j'étais affalé dans un lieu qui m'était inconnu, j'avais laissé partir et le Feu Follet, et Croc.. Il me restait encore à regagner mon office malgré mon état de décrépitude, et pourtant, ma réaction en reniflant l'atmosphère urbain de Gotham fut de rire, de glousser à m'en briser les côtes, jusqu'à ce qu'au bord de l'asphyxie, je ne me retourne sur le ventre, haletant et outrageusement sale. Dans cette posture dégradante, mes mains caressèrent amoureusement un bitume que j'avais pensé ne jamais revoir, et des larmes de soulagement dégoulinèrent sur mes joues.

J'étais sorti vivant de ces enfers.


* Je crois bien que j'attendrai au moins deux semaines avant de recommencer un truc pareil ! * Ironisais-je, découvrant, trônant à côté, la sacoche. J'allais avoir de la lecture durant ma convalescence...
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