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 La tête du démon (Talia)

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Batman
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MessageSujet: La tête du démon (Talia)   Lun 18 Juin - 7:27


Népal, 12 ans plus tôt.

Bruce Wayne avait 22 ans. Voilà 3 ans qu’il avait fui Gotham City et errait à travers l’Asie. Après avoir tenté de voler du matériel de Wayne Enterprise pour explorer les sensations qu’étaient capable de ressentir un criminel, il se retrouva incarcéré dans la prison sordide de Bhaktapur non loin de la capitale et face aux vastes et dernières plaines avant les montagnes.

L’endroit ressemblait à l’un des cercles de l’enfer. Des enclos fermés de grilles rouillées aux barreaux serrés vétustes des cellules individuelles de la haute sécurité, pas un bruit ne s’en échappait. Bruce était allongé sur le lit métallique et dénué de matelas. Derrière les barreaux, dans l’obscurité quelque chose se mit à palpiter.

« Bonjour Mr Wayne. »

Bruce agrippa ses deux mains aux barreaux et plissa les yeux pour essayer de voir ce qui se cachait dans les ténèbres.

« Comment savez-vous qui je suis ? »

« Le monde est trop petit pour faire disparaître un homme tel que Bruce Wayne. »

Bruce distingua une forme dans le noir. Un homme au regard pénétrant avec une pilosité faciale sur le menton dans un style purement oriental.

« Un homme à nous ici vous a observé et en a conclu que vous partagez la même haine pour le mal que nous. Il m’a fait un récit de votre attitude dans ces lieux et je l’ai jugé assez intéressante pour venir vous rencontrer en personne afin de vous convaincre de nous rejoindre. »

« Vous rejoindre ? Rejoindre quoi ? »

« J’ai fondé une ligue qui regroupe des hommes dévoués dans le but de châtier le crime où qu’il soit. Particulièrement dans les lieux décadents et en perdition comme cette Gotham, votre ville d’origine. »

La forme dans le noir prit figure. L’individus semblait sans âge et possédait un regard pénétrant.

« Je suis Ras Al-Ghûl et je vous lis comme un livre ouvert, vous les haïssez et voulez leur infliger la peur, je peux vous en donner les moyens. »

« Vraiment ? Qui êtes-vous ? Des justiciers ? »

Lâcha Bruce narquois.

« Non, tout autre chose. Dîtes moi que pouvez-vous me dire sur Gotham ? »

Ras Al-Ghûl s’approcha des barreaux et s’accroupit. Ses yeux d’hypnotiseurs avaient une lueur d’un homme digne engagé dans une croisade sans retour.

Bruce s’accroupit également pour lui faire face.

« Là-bas les gens tuent, prennent ce qu’ils veulent et ne se font pas prendre. Et s’ils se font prendre malgré tout, ils se retrouvent enfermés dans un lieu au large de Gotham qui est pire que cet endroit. Parfois ils tuent pour eux-mêmes, la violence et le mal y sont tel que personne n’en parle jamais à quiconque. Gotham est à l’ombre des enfants orphelins et des parents assassinés. J’ai payé pour le savoir. »

« Demain vous serez relâché, j’ai arrangé les choses, marchez jusqu’aux montagnes de l’autre côté du pic de Siem Rap au nord, vous trouverez ma demeure. »

Il se leva et lui tournas le dos.

« Attendez ! Je voudrais… »

« Talia ? Tu viens ? On s’en va. »

Ras Al Ghûl disparut dans l’ombre et Bruce les mains toujours agrippés aux barreaux aperçut une silhouette qu’il n’avait toujours pas remarqué en train d’emboîter le pas à l’homme qu’il lui avait rendus visite. La silhouette s’était remarquablement dissimulé dans l’ombre. Même Wayne n’était pas parvenu à l’apercevoir.

Le lendemain.

Il fut empoigné violemment par les gardes et jeté manu militari hors de la prison avec le peu d’effets personnels qu’il avait en y entrant. Une veste longue et sale de voyageur, un sac en cuir vieux et délavé ainsi que des chaussures de marches qui avaient déjà rendus l’âme. Il se mit en route dans le froid, l’automne était là, les neiges allaient tomber bientôt. Au bout d’un jour, crevant de faim, Bruce s’arrêta dans une ferme et fouina de la nourriture dans la mangeoire des buffles. Il demanda à un paysan avec quelques mots de dialectes local qu’il avait glané en prison, s’il avait vu passer un homme correspondant à la description de celui qu’il avait vu venir lui parler en prison. Le paysan pointa son doigt vers les montagnes. Ras était bien partis là-bas.

Bruce marcha pendant des jours en piquant de la nourriture dans les coffres à riz des fermes à la nuit tombée pour pouvoir survivre. Il dû faire un détour gigantesque pour passer la rivière Dak Poko. Il marcha dans des plaines d’eau brunâtres et des plaines touffues. Un paysan lui montra la direction dans laquelle était partis Ras Al-Ghûl et la fille qui était avec lui.

« La fille ? »

Questionna Bruce. Il marcha vers les montagnes, les habitations se faisaient rares. Il mangeait les feuilles des rares coins de végétation. Il marchait difficilement les pieds dans la glaise. Boue et cailloux à pertes de vue puis enfin les collines et la neige. Il resta une journée entière sans manger. Rien à part la roche et la neige. Son ascension se termina face à une demeure orientale gigantesque au flanc de la montagne, un édifice de bois à nul autre pareil avec des motifs népalais et chinois. Bruce exténué frappa à la grande porte et s’écroula au sol une fois qu’elle fut ouverte. Ras Al Ghûl vêtu d’un kimono ample et noir d’une grande élégance s’approcha et observa un instant l’homme évanouis à terre. Il donna finalement ses ordres.

« Xiahou Yunn, emmène le, rase lui sa barbe et coupe lui les cheveux qu’il soit digne, donne lui des vrais vêtements pour faire face au froid, lave le. »

« Quoi ? Mais maître, c’est une tâche de femme ça, que Talia s’en occupe. »

Le maître des lieux lui asséna un violent coup et le projeta au sol.

« Talia n’est pas seulement une femme, c’est ma fille, mon seul enfant et mon héritière. Talia approche et aide donc cet incapable. »

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MessageSujet: Re: La tête du démon (Talia)   Lun 18 Juin - 21:42


    Le voyage avait été long. Très long. Mais l’homme pour lequel ils se déplaçaient valait, parait-il le coup. Et Ras Al-Ghûl ne faisait jamais rien pour rien. S’il tenait à le voir, c’était qu’il avait ses raisons. Les prisons étaient lugubres, elle n’aimait pas cet endroit. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’elle venait ici. Talia était âgée de 19 ans. Jeune pour un monde sans pitié. Son père ne la ménageait pas, il la traitait comme ses sbires, quoiqu’un peu mieux il est vrai. La jeune femme ne cherchait nullement un traitement de faveur. Elle avait été élevée à la dure et savait se comporter comme un homme. Naturellement, il avait été aisé pour le grand Ras Al-Ghûl de se frayer un chemin parmi les plaines dangereuses et d’obtenir le droit d’entrer dans la prison hautement gardée. L’homme impressionnait et forçait le respect. Sa légende avait traversé les frontières et beaucoup d’hommes le craignaient et lui prêtaient des pouvoirs magiques. Sa fille jouissait de la même réputation, quoique de moindre envergure.
    Talia était entrée aussi silencieusement que son père dans le couloir. L’ombre était épaisse et les dissimulait à la vue du prisonnier pour lequel ils s’étaient déplacés. L’homme, soudainement, se redressa dans sa cage et attrapa les barreaux en regardant fixement l’ombre. Son père murmura alors :

    "Bonjour Mr Wayne."

    Comment savez-vous qui je suis ?

    La voix du jeune homme était chaude et grave, malgré un ton éraillé, certainement dû à son long séjour dans les geôles. Son père s’était avancé lentement dans la semi-pénombre, dévoilant sa silhouette au prisonnier. Talia, de son côté, avait choisi de rester dans l’ombre. Elle observait le dénommé Bruce Wayne, le détaillant du regard. Talia écoutait le sermon de son père et, elle ignorait pourquoi, plus elle regardait le prisonnier, plus elle espérait qu’il les rejoigne. Pourquoi ? Bonne question…

    "J’ai fondé une ligue qui regroupe des hommes dévoués dans le but de châtier le crime où qu’il soit. Particulièrement dans les lieux décadents et en perdition comme cette Gotham, votre ville d’origine."

    Son père allait droit au but, comme toujours. Mais il savait comment manier les mots, les sonorités et avait un art consommé de la mise en scène. Il ne laissait jamais rien au hasard. Talia n’avait toujours pas bougé, semblant ne pas même respirer. Le prisonnier ne l’avait manifestement pas aperçu, ce qui prouvait que son talent égalait celui de son illustre paternel.

    Vraiment ? Qui êtes-vous ? Des justiciers ?

    Un sourire s’attarda sur les lèvres pulpeuses de la jeune femme. Non, ils n’étaient pas des justiciers… ils étaient autre chose. Son père s’avançait plus près avant de s’accroupir près de Wayne. Talia connaissait ses tours par cœur. Mais elle devait admettre qu’à chaque fois, il l’impressionnait. Il avait une façon de parler, de présenter les choses qui poussaient à lui faire confiance, envers et contre tout.
    Talia entendit Bruce parler de Gotham, sa ville. La jeune femme aussi en avait entendu parler. Une ville corrompue, pourrie de l’intérieur et qui devait être purifiée. Et elle le serait, en temps utiles.

    "Talia ? Tu viens ? On s’en va."

    La jeune femme sursauta. Elle s’était perdue dans la contemplation des traits du visage de Wayne et avait perdu le fil de la conversation. Cela ne dura qu’une fraction de seconde. Elle se ressaisit et sortit de l’ombre. Elle suivit son père non sans jeter un regard sur l’homme qui se tenait derrière elle…

    La route serait encore longue pour rentrer chez eux. A cheval aux côtés de son père, Talia restait silencieuse. Cela faisait deux jours qu’ils étaient partis de la prison détenant Bruce Wayne. Et depuis, elle était restée muette. Son père, toutes à ses réflexions, n’avait pas davantage cherché à entamer la conversation.

    "Qu’en penses-tu ?"

    Talia tourna la tête vers son père.

    De quoi, père ?

    "Et bien, de Wayne, qui d’autre ?"

    La question prit Talia de court. Elle haussa les épaules.

    Il a l’air de savoir ce qu’il veut. Il fera un très bon combattant, une fois entraîné par tes soins, père.

    Ras sourit, de cet habituel sourire en coin qui indiquait qu’il avait plus d’une idée en tête.

    "S’il décide de nous rejoindre, je veux que tu te charges de son entraînement."

    Talia resta stupéfaite un instant avant de protester :

    Père !! J’ai 19 ans, je veux me battre ! Pas devenir la nounou attitré d’un fils de riches !

    "L’humilité, ma fille, tu dois te garder de devenir présomptueuse. Tu seras responsable de lui. Je compte sur toi. Ne me déçois pas."

    Talia se tut. Elle connaissait bien son père et savait que dans ces cas-là, cela ne servait à rien de discuter. Ils continuèrent ainsi leur chevauchée dans le froid de l’automne.
    Au flanc de la montagne, la demeure de Ras Al-Ghûl était magnifique, typiquement orientale. Ce fut le quatrième jour après leur retour qu’un homme frappa à la porte avant de s’écrouler sur le perron. Talia se trouvait dans sa demeure, les yeux fermés, debout, sa longue chevelure tressée, elle répétait les katas que son père lui avait enseignés. Mais un murmure intempestif stoppa sa concentration. Des femmes parlaient dans le dialecte de la montagne d’un homme qui venait d’arriver. Le cœur de la jeune femme bondit sans qu’elle le veuille dans sa poitrine et elle sortit rapidement de la demeure, rejoignant son père sur le perron. L’homme étendu sur le sol était bien celui qu’elle avait vu il y a une semaine de cela. Mais il était dans un tel état qu’il était difficilement identifiable.
    Son père ordonna à Yunn de laver l’étranger, de lui couper les cheveux et la barbe. A l’instant où ce dernier protesta, Talia savait que ça allait mal se passer. Son père n’était pas homme à être contredit. Yunn se fit brutalement propulsé au sol. Son père lui ordonna alors de faire ce travail. Talia ouvrit la bouche un quart de seconde.

    Père ! Je n’ai pas…

    Ras se retourna, plantant son regard dans les yeux de sa fille. Elle ferma la bouche. La mine renfrognée et contrariée, elle poussa un violent soupir agacé, parfaitement audible avant de faire signe à Yunn qui avait pris à bras le corps Wayne de l’emmener dans ses appartements.

    Yunn était parti soigner sa lèvre coupée en deux. Talia fulminait que son père lui confie une tâche aussi ingrate. Elle le lui ferait payer. D’une façon ou d’une autre. Elle trempa ses doigts dans l’eau chaude, vérifiant que la température n’était pas trop élevée. Yunn avait laissé glisser le corps nu de l’étranger dans le bain avant de s’éclipser. Talia connaissait les vertus des plantes des montagnes qu’elle avait ajoutées à l’eau du bain pour que celles-ci apaisent et soulagent la peau et les courbatures du jeune homme. Ce dernier était encore inconscient mais il ne tarderait pas à se réveiller. L’encens qu’elle avait allumé dans la pièce diffusait une odeur de musc. Elle attrapa une éponge, la trempa dans l’eau et doucement la passa sur le torse noirci de Wayne. Il était inconscient. Aussi se laissa-t-elle aller à contempler sa peau, passant doucement ses doigts sur les bras et le cou. Elle sursauta en voyant les yeux frémir.

    Bonjour.
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MessageSujet: Re: La tête du démon (Talia)   Lun 25 Juin - 16:31

Bruce observa ses mains et son corps, il était un enfant, il marcha sur le sol humide de la rue plongée dans l’obscurité, le sol était encore mouillé par la pluie. Ses parents gisaient blême dans une mare de sang. Et le démon dans l’ombre leva son arme vers lui avant de…

Il se réveilla le souffle haletant, les yeux humides, son cœur battant à tout rompre. Il se souvenait de la morsure du froid pendant son long voyage et il était dans un bain chaud, il se souvenait de ses vêtements crasseux, il était entouré d’encens et d’arômes d’orient. Il sentit le regard et plongea ses yeux dans ceux très vifs et curieux qui l’observaient.

« Euh bonjour je… où sommes-nous ? »

Il constata qu’il était nu dans un bain face à une femme et il rougit jusqu’aux oreilles en manquant de paniquer.

« Je… enfin… je vais sortir de là. »

Ses deux mains agrippèrent les rambardes en bois du bain oriental dans lequel il se trouvait et il commença à sortir son torse de là en ruisselant de l’eau partout et s’arrêta tout à coup plus gêné encore.

« Vous pourriez vous… vous tourner et cesser de me regarder ? »

C’est à ce moment-là que Ras Al Ghûl entra dans la pièce et se planta face à Wayne, les bras croisés.

« Enfin ! Je suis très heureux de constater que vous nous avez rejoint Mr Wayne, à partir de maintenant votre entrainement commence, sachez que nous serons ferme mais justes, je n’accepte pas ceux qui se révèlent faibles parmi nous et vous aller endurer les pires privations pour un entrainement draconien. Ce bain d’ailleurs débute fort mal les choses. Il n’est pas assez spartiate, Talia quel besoin avait-tu de mettre toutes ces plantes aromatiques ? Je ne t’ai jamais vu faire ça pour quelqu’un d’autres. »

Quelques jours plus tard

C’était un dojo, un grand hall, une impressionnante salle d’entrainement où les ninjas de Ras Al Ghûl s’activaient tout en souplesse dans divers exercices physiques Bruce s’était joint à eux timidement, apprenant les rudiments de leur art de l’esquive, du combat, de la précision et de la ruse au fur et à mesure. Ras Al-ghûl lui-même qui semblait apprécier le jeune milliardaire perdus dans cette lointaine contrée pour venir jusqu’à lui, prenait en charge son apprentissage. Mais ce jour-là, il lui dit simplement :

« Tu ne te bats pas avec moi, aujourd’hui. »

Peut-être voulait-il varier pour Bruce, ou bien le confronter à un adversaire moins indulgent que lui. Ou bien voir de quoi Bruce était capable contre un tout autre ennemi que lui. Bruce observa surprit La jeune femme qui s’était occupé de lui à son arrivée qui avançait vers lui. Elle semblait plutôt frêle à ses yeux.

« Je… Je ne peux pas me battre contre une adolescente… »

« Ne sous-estime jamais ton adversaire. Va au-delà de ce que t’apprennent tes yeux. »

Il n’appréciait vraiment pas la mauvaise plaisanterie et se posta à contrecœur contre la brune, peut-être la seule femme de toute la résidence de Ras. Elle se mit en garde et ils commencèrent le combat. Premier coup de Katana, premier revers, il esquiva sa lame, elle bloqua la sienne. Ils se fixèrent dans les yeux un instant. Il y vit des lueurs. Il cligna des yeux pour les chasser, elles semblaient irréelles, mais elle bloqua ses yeux par son simple regard braqué sur lui. Elle profita de son manque d’attention pour le projeter à terre. Il se releva plein d’orgueil et mécontent, elle avait osé le jeter à terre ! Elle ? Une simple adolescente à ses yeux.

Les ninjas faisaient silence et observaient la scène. Le regard de Ras Al Ghûl allait de l’un à l’autre. Wayne avait les épaules lourdes et le corps plus épais que sa fille, mais elle était plus mince et plus agile.

Bruce balança un instant son katana entre ses mains pour en éprouver le contact. A sa façon de bouger, la jeune fille lui évoquait un chat, avec ses yeux intenses et son corps ployé, il semblait que son katana à elle fut le prolongement de son propre bras. Bruce tourna autours d’elle en l’observant, guettant la plus petite ouverture. Bruce bondit sur elle, feinta de la main droite, mais en un éclair passa sa lame dans sa main gauche. Mais ça ne suffisait pas pour passer au travers de la défense de son adversaire et il ne se déroba pas assez à temps pour éviter sa réplique, elle lui écorcha son bras gauche. La douleur jaillit en lui et il comprit qu’elle était encore plus rusées que les ninjas avec qui il s’était déjà confronté. A nouveau ils tournaient autour de l’autre avec le corps ployé.

Leurs corps rentrèrent à nouveau en contact pour un nouveau choc. Elle le frappa de la pointe de son arme, Bruce devint livide en s’écartant d’elle et en constatant la trace d’une estafilade en plein saignement sur son bras. Il la repoussa d’un large mouvement de son épée. Ses mains tremblaient, il perdait du sang.

« C’est bon, j’abandonne. »

Ras Al Ghûl lâcha autoritaire :

« Tu crois vraiment que ton ennemi quel qu’il soit épargnera ta vie juste parce que tu avoues ta défaite et veut cesser le combat ? Il t’achèvera avec plus de cruauté encore, continus ! »

« Mais ! »

Il reçut une nouvelle coupure de la part de son adversaire pour toute réponse et continua de s’opposer à elle, mais plus le combat avançait, plus les coups pleuvaient sur lui et plus le sang coulait de son torse. Blême il finit par trébucher sur le sol et elle s’abattit sur lui. Il essaya de rouler sur lui-même pour s’en débarrasser, mais elle l’agrippa fermement dans une étreinte mortelle, son épée tenue au-dessus de sa gorge. Les bras de Bruce tentaient d’écarter la lame de toutes ses forces. Ses mains glissèrent à cause du sang qui avait coulé de ses bras, elle laissa une balafre sur sa gorge du bout de sa lame. Bruce glapit et sentit ses yeux larmoyer. Ras Al Ghûl cria :

« Assez Talia tu vas le tuer ! »

Bruce la sentit se dégager de son corps et haleta de douleur. Il fut empoigné par deux ninjas qui le trainèrent par les épaules et lorsqu’il releva la tête, il la vit s’éloigner en lui tournant royalement le dos. Leur maître exulta :

« C’est bien ma fille, très bien. »

Bruce manqua de s’étouffer en entendant ça. C’était donc sa fille ?

Ras lui boucha la vue et l’empêcha d’observer Talia plus avant en se dressant face à lui.

« Comme tu as perdus, une fois qu’on aura bandé tes blessures, tu dormiras dehors cette nuit, ça t’endurciras et te fera détester la défaite plus que tout. Ton acharnement à l’éviter n’en sera que plus robuste. »

Et donc Bruce se retrouva adosser contre le mur antique en pierre de la demeure de Ras à la nuit tombée. Il frissonna, perclus de douleur par les blessures qu’elle lui avait infligé et le froid ambiant. Impossible de dormir. Il leva la tête pour observer la lune mais il tomba nez à nez sur le regard de Talia depuis la fenêtre de sa chambre qui l’observait.

« Talia ? C’est bien ton nom ? »

Il commença à escalader le mur, il grimpa difficilement en s’accrochant par ci et en se hissant par là. Ses doigts transis de froids avaient du mal à saisir les prises. Il grimpa les 4 mètres séparant le sol de la chambre de la jeune fille. Bruce s’arrêta essoufflé en s’accrochant au rebord de la fenêtre.

« Tu es donc la fille de Ras ? Ecoute, il fait vraiment froid en bas et je me disais… enfin je veux dire… est-ce que je peux dormir dans ta chambre avec toi ? »

Les volets se refermèrent et lui écrasèrent ses doigts au passage, il tomba dans le vide en criant et se ramassa douloureusement sur le sol morne et stérile. Il se releva en titubant et brandit un poing colérique vers la fenêtre aux volets fermés :

« Sale garce ! C’est pas ce que tu croyais ! Je comptais juste dormir par terre ! Pas dans ton lit ! »

Le lendemain, autours de la table où déjeunaient tous les ninjas, Bruce se mit le plus loin possible d’elle et évita très gêné de la regarder. Ras Al Ghûl annonça la directive du jour :

« Vous allez former des groupes de 3, vous irez à 8 kilomètres d’ici et devrez survivre quelque temps dans la nature par vos propres moyens, ceci vous apprendras tous à vous maintenir en vie dans des conditions rigoureuses. »

Leur maître prit une liste et commença à énumérer les noms des groupes.

« Groupe 1 : Lo Fu, Lu ding Yi et Xiahou Ba, Groupe 2 : Guan you, Zhang Feï etvMa Chao. Groupe 3 : Talia Al Ghûl, Zhang Guotao et Bruce Wayne. Groupe 4 :… »

Bruce se mit la tête entre les mains. Ce voyage de survie allait être charmant s’il devait faire route en compagnie du fauve qui faisait office de progéniture à Ras Al Ghûl. Il devinait qu’à la première occasion, elle n’hésiterait pas à en faire un appât pour les bêtes sauvages afin de les chasser ou un truc du genre. Mais Wayne n’eut même pas le temps de s’indigner d’être dans le groupe de Talia car déjà le préposé répondant au nom de Zhang Guotao se plaignit :

« Je ne veux pas de Wayne avec moi et Talia, il va nous faire mourir par sa maladresse et sa stupidité. »

Ras Al Ghûl qui ne supportait pas de se faire contester, le frappa au visage.

« Il suffit ! Je ne changerais pas les groupes ! J’ai dit ! »

Le lendemain Wayne se retrouva à marcher avec ses deux compagnons d’infortunes. Zhang Guotao lui jetait des regards mauvais et observait Talia d’une toute autre façon. Wayne comprit aussitôt pourquoi il ne voulait pas de lui parmi eux, il le considérait comme un rival. Déjà il le tournait en dérision :

« Pourquoi le grand Ras Al Ghûl t’as accueilli parmi nous ? Tu es faible Wayne, tu n’es pas des nôtres, ne compte pas sur Talia et moi pour te nourrir dans les prochains jours lorsque tu mourras de faim. »

Bruce ne répondit pas. C’était à cause de la fille évidemment, Zhang Guotao s’était fait à l’idée qu’elle était à lui. Bruce lui dis aussitôt :

« J’ai à te parler, allons à l’écart. »

« Pfff, tu veux me défier au combat ? Ça sera pire encore que contre Talia. »

Ils s’écartèrent à quelques mètres d’elle et Bruce jugeant qu’elle était assez loin pour ne pas les entendre, posa ses deux mains sur les épaules de Zhang et lui parla au creux de l’oreille sans le regarder.

« Qu’est-ce que tu fais ! Ne me touche pas ! »

« Tu couches avec elle ? »

Le ninja se mit à sursauter et Wayne comprit que la réponse était non.

« Tu m’insulte ! Je vais te… »

« Non si je le demande c’est pour que tout soit bien clair, elle n’est pas à moi, je ne cherche pas à te la prendre. Je ne suis pas là pour elle. Tu me fais confiance ? »

« Tu es sérieux ? Tu promets de ne pas l’approcher ? »

« Oui, je veux juste venir avec vous pour l’exercice de survie. »

« Alors c’est d’accord. »

Ils revinrent vers Talia, Zhang exulta en se vantant :

« Je l’ai autorisé à venir avec nous, j’ai daigné protéger sa faible personne contre les dangers de la nature. »

Bruce se surprit à observer le visage de Talia, ses yeux vifs et sa taille qui a son sens appelait un bras masculin pour l’enserrer. Et il se rendit compte qu’il aimait la manière d’être et de bouger de la fille de Ras Al Ghûl. Il aimait sa façon de se coiffer et il comprit que tout compte fait, comme Zhang, il avait envie d’elle. Ils ne devaient pas être les seuls. Elle était la seule femme dans un monde d’hommes. Les autres sbires de Ras devaient avoir des vues sur elle.

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MessageSujet: Re: La tête du démon (Talia)   Mer 8 Aoû - 20:13

[hj : mes excuses pour l'immense retard, voila, j'espère que ça t'ira !]


    La jeune femme observait le dénommé Bruce Wayne. Il était bel homme, et une curieuse sensation au niveau de son estomac la saisissait. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait. Mais son père lui avait demandé de laver cet homme et elle devait obéir, point final. L’homme semblait être littéralement sonné et être plongé dans un cauchemar. Il tressaillait par moment. Talia plongea doucement une éponge dans l’eau avant de la passer tout doucement sur le torse du jeune homme. Elle frissonna à ce contact. Le cœur de Wayne battait à tout rompre. Inquiète, Talia posa sa main sur sa joue, cherchant à le réveiller. Il délirait peut-être, il semblait brûlant.

    Soudain, l’homme ouvrit les yeux, ses muscles se contractant violemment. Talia fit un mouvement en arrière, surprise. Hagard, il regardait autour de lui, se demandant manifestement où il se trouvait. Talia répondit doucement :

    Vous êtes dans le repaire de Ras Al-Ghûl. Nous vous avons recueillis.

    L’homme rougit lorsqu’il constata qu’il était dans un bain, complètement nu face à une femme. Talia sourit. Elle vivait avec une compagnie d’hommes ninjas, elle en avait vu d’autres.

    Faites ce que vous voulez.

    L’homme se redressa pour sortir du bain. Il eut un temps d’arrêt en l’observant, puis lui demanda si elle pouvait se retourner. Talia haussa les épaules et tourna le dos à l’étranger. Elle entendit alors son père faire son entrée dans la pièce. Le saluant, elle resta en retrait. Ras Al-Ghûl s’adressa principalement à Bruce Wayne, lui indiquant qu’il était ravi que Bruce les ait rejoints. Talia en était également contente, elle n’aurait su dire pourquoi. Son père continua en précisant que l’entraînement serait sévère mais juste et que les pires privations lui seraient soumises. Ras se tourna alors vers sa fille, étonné qu’elle ait mis autant d’encens et de parfums, ce qu’elle ne faisait jamais. Talia rougit et haussa les épaules avant de disparaître de la pièce, gênée…

    Quelques jours plus tard

    Durant ces derniers jours, Talia s’était soigneusement tenu à distance de l’invité de son père. C’était Ras Al-Ghûl en personne qui se chargeait de son entraînement. Talia épiait souvent Bruce lorsqu’il était seul. Il l’intriguait et l’attirait, inexorablement. Mais elle était bien trop fière pour le reconnaître. Talia subissait le même entraînement que n’importe quel ninja. Ras Al-Ghûl était même plus sévère avec elle car elle était sa fille et se devait de tenir le rang de la famille Al-Ghûl. Talia, malgré ses 19 ans, était la meilleure ninja de la Ligue. Elle avait été entraînée dès le plus jeune âge. Et elle ne ménageait pas ses efforts. Elle avait fait mordre la poussière à nombre de guerriers ici présent. Pour l’heure, elle s’entraînait dans le dojo. Son père vint vers elle. Elle ne l’avait pas entendu arriver, comme à son habitude.

    Ma fille, je veux que tu te battes avec Bruce aujourd’hui.

    Talia hocha la tête. Elle se demandait ce que son père pensait. Il ne faisait jamais rien à la légère, il avait toujours un but caché. Talia s’avança après que son père ait indiqué à Bruce qu’il ne se battrait pas avec lui cette fois. Lorsque le regard de Wayne rencontre le sien, il resta éberlué avant d’annoncer qu’il ne se battrait pas contre une adolescente. Furieuse qu’il la prenne de haut, Talia était déjà en garde. Ras prévint Bruce de ne jamais sous-estimer son adversaire.

    Talia se tenait prête, le katana en position haute. Il allait regretter de l’avoir ainsi mésestimer. Bruce se mit en garde devant elle, visiblement à contrecoeur. Le combat commença alors. Talia était vive et précise. Le katana fendit l’air mais l’homme esquiva son coup. La contre-attaque ne se fit pas attendre mais la jeune femme para l’arme de son adversaire. Talia plonge son regard dans celui de Bruce. Elle ne doit pas se laisser déconcentrer. Pourtant le visage de cet homme la subjugue. Elle se reprend en une fraction de seconde. Bruce semble lui aussi sous le choc. Profitant de sa faiblesse, Talia le projette au sol facilement.

    Bruce s’était relevé. Il n’avait pas eu grand mal, seul son ego semblait avoir souffert. Les ninjas les entouraient, observant la scène en silence. Talia tournait autour de Bruce, sautillant de ci, de là, toujours en mouvement, fine et gracieuse. Retombant souplement, elle n’était jamais où on l’attendait. Bruce soudain tenta une attaque. Il plongea sur sa droite mais rapidement changea son katana de main. Talia avait réagi en une fraction de seconde et anticiper son mouvement. Elle para et contre-attaqua aussitôt. La lame entailla le bras gauche de son adversaire. Bruce sursauta et eut un mouvement de recul. Ils reprirent leur ronde, presque une danse, l’un autour de l’autre.

    Soudain, les deux se ruèrent l’un sur l’autre. Les deux corps entrèrent en contact, les lames frottant l’une sur l’autre. Proches, si proches. La lame affutée de Talia se fraya un chemin et créa une estafilade dans le bras de Bruce qui, livide, la repoussa à grand peine. Essoufflée, la jeune femme se remit immédiatement en position de combat. Les mains tremblantes, Bruce s’écarta. Sa voix résonna, blanche. Il abandonnait.
    Ras Al-Ghûl ne le laisserait pas s’avouer vaincu, Talia le savait. Furieuse qu’il ne la considère que comme une adolescente et non une femme de combat, elle continua et bondit, sa lame mordant la chair de son adversaire. Comme elle l’imaginait, Ras enjoignit Bruce de continuer le combat, ses ennemis ne l’épargnant certainement pas s’il s’avouait vaincu. Talia continua donc de plus belle, sautant, bondissant et feintant. Chacun de ses coups faisait mouche. Plus le temps passait, plus la défense de Bruce s’effritait. Tentant de s’échapper, il roula sur lui-même mais Talia l’agrippa et le plaqua au sol. Elle était emportée par la colère, et la lame se frayait lentement un chemin vers la gorge de Wayne. Ce dernier luttait pour dévier l’arme de Talia. Le sang commençait à perler du cou du jeune homme lorsque soudain…

    Assez, Talia, tu vas le tuer !

    La voix de son père avait claqué, froide et dure. Talia, aussitôt se redressa, libérant l’homme de son emprise. Bruce fut rapidement empoigné par deux ninjas qui le soulevèrent. Talia ne s’était pas retourné. Tout simplement parce qu’elle avait de la peine de la douleur du jeune homme. Elle ne voulait pas le voir souffrir. Elle avait été emportée par ce qu’elle avait fait. Elle le regrettait à présent. Elle savait comment son père traitait les perdants. Elle l’avait subi elle aussi. Elle ne voulait pas voir ça.

    Talia était rentrée dans sa chambre mais la pensée de Bruce ne lâchait pas son esprit. Pourquoi pensait-elle à lui ? Elle ne le connaissait pas depuis longtemps. Ce n’était qu’un riche qui voulait se forger, se frotter à l’art de combattre. Pourtant, il avait quelque chose de plus. Il était tard et la jeune femme ne trouvait pas le sommeil. Elle savait que Wayne dormirait dehors cette nuit-là et cette pensée la tourmentait. C’était un homme qui serait fort un fois formé. Il survivrait à l’épreuve. S’approchant de sa fenêtre ouverte, son regard tomba dans la cour. Et rencontra le regard de l’homme qui occupait ses pensées. L’homme lui demanda si Talia était bien son nom. Elle se contenta de hocher la tête. Bruce se mit à escalader le mur pour parvenir jusqu’à elle. Talia savait que si son père les surprenait, Bruce payerait cher son imprudence. Ras avait fait mettre à mort des hommes surpris à rôder près de la chambre de sa fille. Bruce lui demanda s’il était bien la fille de Ras. Puis, il essaya de négocier l’entrée dans sa chambre pour dormir au chaud. Talia l’observait. Elle aurait été tentée de dire oui mais elle perçut un léger bruit dans le couloir de sa chambre. Cela ne voulait signifier qu’une seule chose. Elle ferma violemment les volets sur les doigts du jeune homme qui cria. Se retournant vivement, Talia put voir la porte ouverte de sa chambre sur la silhouette de son père.

    Père, que faites-vous là ? Je fermais mes volets et m’apprêtais à me coucher.

    Ras s’avança et l’observa un bref instant.

    Sois prudente ma fille. Ton cœur est encore neuf. Aucun homme ne devra le briser sinon je briserai l’imprudent qui t’aura fait souffrir.

    Talia resta silencieuse, son père s’avança et déposa un baiser sur sa tête avant de s’éclipser.
    Le lendemain, Talia remarqua que Bruce s’asseyait ostensiblement loin d’elle. Elle en fut peinée mais se garda bien de le montrer. Son père se plaça au centre de la pièce et annonça un exercice de survie. Ces exercices n’étaient jamais à prendre à la légère. Certains ninjas n’en revenaient pas.

    Vous allez former des groupes de 3, vous irez à 8 kilomètres d’ici et devrez survivre quelque temps dans la nature par vos propres moyens, ceci vous apprendras tous à vous maintenir en vie dans des conditions rigoureuses.

    Son père nomma ensuite les équipes. Elle était avec Wayne et Zhang Guotao. Zhang était un homme qu’elle avait du mal à apprécier. Bien trop sûr de lui, il n’était pas là depuis très longtemps. Il se gardait bien d’offenser Talia devant son père mais il la couvait du regard et Talia était souvent mal à l’aise. Aussitôt les groupes prononcés, Zhang se mit en tête de protester. Mal lui en prit. S’il y avait une chose à retenir concernant son père, c’était qu’il détestait être contredit. La réponse ne se fit guère attendre, Zhang reçut un coup magistral qui l’envoya s’écraser au sol.

    Il suffit ! Je ne changerais pas les groupes ! J’ai dit !

    Talia s’éclipsa pour préparer ses affaires.
    Le lendemain, elle marchait d’un bon pas avec Zhang et Bruce. Les deux hommes se regardaient en chien de faïence et il n’était pas dur de deviner pourquoi. Zhang considérait Bruce comme un rival. Depuis le début de la marche, il ne cessait de dénigrer Wayne et de le rabaisser aux yeux de Talia. Exaspérée, cette dernière finit par répliquer froidement :

    La prochaine fois que je t’entends, Zhang, je peux t’assurer que tu ne rentreras pas au domaine. Est-ce clair ?

    Ce dernier grommela une réponse. Quelques minutes plus tard, ils firent une pause et les deux hommes en profitèrent pour s’éclipser et discuter entre eux. Talia les observa du coin de l’œil, juste histoire de vérifier qu’ils n’en venaient pas aux mains. Apparemment, non. Quelques minutes après, ils revinrent, Zhang assurant qu’il avait proposé une protection à Wayne. Talia n’était pas dupe. Elle ne dit rien mais savait pertinemment que ce n’était pas vrai. Ils reprirent leur marche.

    A présent, soyez prudent, nous arrivons sur un domaine ennemi.

    Des tueurs se promenaient dans ses montagnes. Il fallait être discret. Pendant deux jours, ils n’eurent aucune rencontre fâcheuse. Et le troisième jour, une flèche se ficha entre les jambes de Talia qui, assise, observait le soleil pour déterminer leur position.

    A couvert !

    Sept hommes arrivèrent en trombe de nulle part. Ils dégainèrent leurs sabres. Talia se leva la première et se mit en garde. Trois hommes l’entouraient tandis que deux hommes s’attaquaient à Zhang et deux autres à Bruce. Elle dégaina son katana. En position de défense, elle les observait, fière et sûre d’elle. Elle esquiva le premier coup. Sa lame virevoltait et semblait invisible avec la vitesse. La gorge du premier ennemi fut tranchée en quelques secondes et il tomba, sans vie au sol. Le deuxième et le troisième hésitèrent mais s’attaquèrent à elle. Se baissant rapidement, elle esquiva le coup du premier qui se ficha dans les côtes du deuxième. Talia soupira. Se retournant, elle se rendit compte que Bruce s’en était sorti avec ses deux adversaires. Contrairement à Zhang. Se rapprochant de lui, elle ferma les yeux de celui qui n’était plus qu’un cadavre. Ils n’étaient plus que deux. Elle se tourna vers Bruce.

    Nous devons avancer. C’est fini pour lui.

    Elle était soulagée que Bruce soit en vie et sauf. Ils marchèrent durant encore quatre heures avant qu’elle ne fasse signe de s’arrêter à flanc de colline.

    Nous camperons ici cette nuit.

    Laissant les quelques affaires au sol, elle fit le tour de la colline. Elle avait vu juste. Près d’une petite forêt, se trouvait un lac et une cascade qui chantonnait. Talia regarda autour d’elle. Bruce était resté manifestement au campement. Elle laissa ses vêtements sales tomber à ses pieds et entra, nue dans l’eau. L’eau ne lui arrivait qu’à mi-cuisse et elle se dirigea vers la cascade, se plaçant en dessous et savourant le contact de l’eau sur son corps. Elle entrouvrit les yeux et vit une forme non loin. Elle se rapprocha lentement du bord. Il y avait un fourré qu’elle avait vu bouger. Fouillant dans ses vêtements, elle en sortit un poignard. Puis, sans prévenir, elle bondit dans les fourrés, plaquant son arme sous la gorge de l’intrus. Lorsqu’elle le reconnut, elle resta ébahie mais ne baissa pas son arme pour autant.

    Pourquoi es-tu là ???

    Bruce l’avait suivi. Pourquoi ? Elle l’exaspérait, il ne l’appréciait pas, la fuyait même depuis leur combat. Elle se rendit alors compte qu’elle était nue, au-dessus de lui. Rougissante, elle tenta de se relever et de se soustraire à sa vue. Mais elle ne put…
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MessageSujet: Re: La tête du démon (Talia)   Jeu 16 Aoû - 16:54

… Car son acolyte, profitant du mouvement d'éloignement pour dégager sa gorge de la lame étincelante du poignard, assura de ses mains une prise ferme sur les épaules de Talia, empêchant cette dernière de s'écarter. Langoureusement, les yeux dans les yeux, il se coula tout contre la jeune femme nue et couverte d'eau froide, l'embrassant à pleine bouche sans le moindre avertissement.

Plus tôt dans la journée

Au cours de ses voyages, Bruce avait coutume de marcher chaque jour une vingtaine de kilomètres pour rallier le plus proche village, ne s'arrêtant que pour boire à un ruisseau glacé ou voler de la nourriture laissée sans surveillance. Ces randonnées, il les effectuait quotidiennement, et sans se fatiguer. Il en était venu à parfaitement connaître son corps, ses capacités, ses limites physiques, et le rythme optimal auquel il pouvait progresser sans risquer d'entamer ses réserves. Mais l'épreuve de survie imposée par Ras Al Ghûl se situait à un tout autre niveau.

A cause du relief montagneux composant l'essentiel des abords du repaire de la Ligue, parcourir les 8 kilomètres exigés se transformait en lutte permanente contre le froid, la rareté de l'oxygène, les effondrements de terrains, les avalanches, les précipices masqués par la végétation éparse, … Désertée par la vie animale, à l'exception de quelques rapaces occasionnels, les hauteurs du pic de Siem Rap semblaient figées dans le temps, et d'un silence mortel que seul troublait les sifflements sinistres du vent. La découpe en dent de scie de la chaîne rocheuse obligeait constamment le trio à s'encorder pour soit gravir des parois escarpées, ou au contraire descendre sur un plateau des dizaines de mètres plus bas.

Bruce, bien qu'il aurait souhaité se trouver au milieu du cortège, assurait l'arrière-garde du groupe 3. Ravalé à un poste pourtant primordial, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer que Talia et Zhang voyaient en lui le traînard du trio. Impossible d'y changer quoi que ce soit, sa promesse faite à Zhang l'obligeant implicitement à lui concéder le poste d'observation privilégié sur le "dos" de leur meneuse. Occupant la position de tête, Talia avait d'emblée prit la direction du groupe, une prise de pouvoir que Zhang ne se serait jamais risqué à contester, et que Bruce trouvait personnellement totalement justifiée. Forgée par les montagnes, la fille du Démon ne parlait pas, ou alors pour signaler une difficulté du terrain qui se présentait à leur progression. Wayne la devinait en symbiose avec son environnement, et supposa que Talia n'avait rien connu d'autres dans sa jeunesse que les montagnes Tibétaines. Se sentant coupable, il ne put se débarrasser de l'idée que, à l'air libre, avec sa longue chevelure animée par les courants ascendants et les sommets enneigés en arrière-plan, la brune se trouvait sublimée dans sa beauté. Fascinante, inatteignable et dure, elle personnifiait la nature implacable et farouche, mais aussi envoûtante et fière, du territoire de la Ligue.

Un imperceptible changement dans l'atmosphère statique des rocheuses annonça leur entrée sur un territoire hostile, ajoutant une menace humaine aux obstacles naturels. Pour la première fois depuis de nombreuses années, Bruce retrouva un rôle autre que celui du criminel traversant son domaine, et, assaillit par le renversement de la situation, promena un regard expert sur les reliefs de la zone, s'arrêtant chaque fois qu'il repérait une cachette d'où, d'après son propre vécu, une sentinelle vigilante épiait les voyageurs imprudents. Sans répondre à l'avertissement de Talia, il hocha brièvement de la tête, les lèvres plissés. Même pour les pillards débutants, les cols et autres hauteurs montagneuses constituaient une véritable aubaine. Ces caisses de résonance naturelles amplifiaient en interminables échos le plus petit son, la moindre pierres déplacée, obligeant les intrus à rivaliser d'agilité et de prudence pour ne pas indiquer leur présence. Inaudibles silhouettes fugitives, ils se firent pareils à ces exécrables chauves-souris peuplant les cauchemars de Bruce.

Le danger omniprésent et invisible coupa même l'envie au médisant Zhang de lorgner sur la plastique de Talia. Les 48 heures qui suivirent se fondirent en un exercice de furtivité en temps réel et à grande échelle. Un long et oppressant Roi du silence, dont l'enjeu n'était autre que la survie des trois participants, censés être rompus dans l'art de passer inaperçus. Mais la faim, la soif, la tension permanente des nerfs, finissait toujours par triompher du plus endurant des hommes. Bruce ne sut jamais qui de lui, ou de Zhang, faillit à sa tâche. Il n'aurait put jurer avoir maintenu une attention optimale à son environnement tout le temps que prit à la chef de groupe de vérifier leur position.

Lorsqu'un projectile manqua d'estropier la fille du Démon, il se jetait déjà à l'abri que l'intéressée ordonnait, dans un souffle, de se mettre à couvert. Debout et accolé à une une paroi rocheuse aussi froide que la Mort, l'élève de Ras Al Ghûl fit glisser son arme hors de son fourreau avec lenteur, tentant de dégainer silencieusement pour ne pas révéler sa position exacte (une précaution superflue, qui lui coûta d'être pris en tenaille par deux adversaires brandissant chacun une lame au tranchant indiscutable). De leurs côtés, Zhang et Talia attaquaient déjà les bandits en déployant bottes, esquives et parades.

Des trois membres du trio, Bruce eût le plus de chance, car les ennemis le prirent pour le moins dangereux. Son physique occidental et sa position en queue du peloton l'identifiaient comme le plus faible de la bande, et, à ce titre, on avait laissé les deux plus jeunes des sept hommes lui régler son sort. D'une fente maladroite, l'un des coupe-gorge se découvrit plus que nécessaire, permettant à son opposant de lui asséner un balayage qui faucha ses appuis fragilisés, l'expédiant au sol. Pivotant face au second de ses agresseurs, Bruce anticipa aisément la trajectoire verticale du coup qui lui était adressé, bloquant la lame à l'amorce du mouvement. Le bretteur débutant se retrouva avec le visage exposé, une opportunité que Wayne saisit sans attendre pour le frapper du pommeau entre les deux yeux. Le bandit précédemment fauché n'eut que le temps de voir un genou voler sur sa tempe, avant de s'affaler, complètement sonné à son tour. Légèrement essoufflé, le milliardaire expatrié réalisa soudainement quels progrès les entraînements de la Ligue lui avaient fait faire, découvrant avec quelle vivacité il s'était défait de deux opposants armés.

Mais sa joie fut de courte durée. Zhang, un membre de la Ligue que Bruce estimait du même niveau que lui, se vidait silencieusement de son sang, entre les corps sans vie de deux autres hommes, ce qui relativisa la victoire soi-disant éclatante en deux contre un du Gothamite, transformant le fait d'arme en pur coup de chance. Plus féline que jamais, Talia respirait sereinement, katana au clair, les dépouilles perforées et exsangues de trois ennemis à ses pieds. La fille du Démon, plus semblable que jamais à son inflexible de père, avait méticuleusement tué là où Bruce s'était contenté d'assommer. Le regard noisette de la belle brune flamboyait, unique mais ô combien éloquent avertissement de la dangerosité latente de la jeune femme, qui abaissa solennellement les paupières de leur camarade tombé au combat. Une expression indéchiffrable sur ces traits cloua son partenaire sur place. Avait-il commis une imprudence, en n'achevant pas ses propres agresseurs ?

« Que fait-on, pour Zhang ? »

Éluda-t-il d'une voix étouffée, pour se protéger d'un sermon imminent sur la nécessité de ne laisser aucun survivant. La réponse, succincte, lui fouetta presque le visage. L'affirmation sèche, pragmatique et métallique de son interlocutrice lui donna matière à réfléchir, et assombrit son regard. Abandonner de la sorte le corps de son "protecteur" dans les montagnes ? Contenant un frisson, le jeune homme devina que Talia manifestait ici l'héritage de son éducation par Ras Al Ghûl : pour les perdants et les faibles, aucun sentiment. Seul le voile du mépris pour tout linceul, et la bise mordante du Nord pour oraison funèbre. La pointe acérée du désespoir s'inséra dans le cœur de Bruce lorsque ce dernier comprit que, si le hasard en avait décidé autrement, si Zhang avait survécu et que lui était mort lors de échauffourée, la meneuse du groupe 3 n'aurait sans doute pas témoigné plus de chagrin. Bien que femme et jeune, la fille du Démon n'en demeurait pas moins froide comme l'acier. Une Al Ghûl. En repartant vers les cols enneigés, Wayne se promit de ne jamais l'oublier.

Désormais amputé d'un membre, l'ex-trio dut se montrer d'autant plus vigilant et prudent dans sa progression. Par mesure de sécurité, la marcheuse de tête reprit la route quatre heures sans lever le pied, ne ménageant pas son arrière-garde dans le rythme de l'ascension. Loin d'y trouver à redire, Bruce lui emboîtait fidèlement le pas, considérant que chaque mètre l'éloignant de la zone de la confrontation diminuait d'autant les risques de finir encerclés par l'ennemi. D'un accord tacite, le duo ne parla pas de la probabilité (pour ne pas dire de la certitude) que le bruit des combats ait rameuté d'autres bandits dans les parages. Beaucoup d'autres bandits. Même un quart d'heure plus tard, si l'on tendait l'oreille, persistait l'écho fantomatique des tintements de lames qui résonnaient, de loin en loin, ténu, mais bien présent.

La nuit installait sa voûte d'un noir d'encre moucheté d'étoiles minoritaires lorsque, levant un poing fermé à hauteur des yeux, Talia signifia la fin de l'étape et l'installation du bivouac. Le duo se délesta avec soulagement de son maigre paquetage, chacun étirant de son côté ses articulations, mises à rude épreuve au cours de la journée. En opérant une révolution sur lui-même, Bruce comprit et approuva le choix de sa comparse : pour leur campement, elle avait sélectionné une colline partiellement protégée du vent frigorifique, et en pente assez douce pour permettre de s'y allonger confortablement. Un emplacement peu exposé au souffle du blizzard et offrant peu de cachettes pour une embuscade. Sans doute le meilleurs abri naturel à des lieues à la ronde. Un demi-sourire aux lèvres, le jeune homme se souvint d'une des plus importantes leçons de son mentor, que sa guide suivait apparemment à la lettre.

« Surveille toujours tes arrières. »

Installés sur la colline, ils n'auraient aucun mal à guetter d'éventuels agresseurs, et à parti avant leur arrivée... A condition d'effectuer des veillées nocturnes. L'idée n'enchantait pas vraiment le milliardaire perdu au milieu de nul part, cependant, les événements l'imposaient. Ne pas organiser de ronde signifiait courir le risque de se faire trancher la gorge en plein sommeil, ce que Talia n'approuverait pas. A regret, Bruce se prépara, maussade, à tirer un trait sur la moitié de son temps de repos initial. Zhang mort, le groupe 3 devrait alterner plusieurs fois au cours de la nuit des tours de garde d'environ une heure (on évitait généralement, en effectif réduit, d'effectuer un unique tour de garde. Rester éveiller de force une heure exigeait de la volonté ; enchaîner deux ou trois heures à un tel régime tenait du véritable exploit, surtout après une harassante journée de voyage chargée en émotions). La nuit serait en pointillés, pour le tandem.

« Surveille toujours tes arrières. »

Wayne cessa de dérouler les nattes servant de matelas à la Ligue, et s'accroupit, pensif. Pourquoi repensait-il précisément à cette mise en garde, tout à coup ?

* Parce que durant cette session de survie, le but n'est pas uniquement d'apprendre à veiller sur soi, mais aussi sur les autres... Talia ! *

Il se serait giflé. Perdre de vue sa seule coéquipière ! En plein exercice de survie au milieu du Népal, et au cœur d'un territoire truffé d'individus clairement hostiles aux visiteurs de passage. Pouvait-on commettre pire erreur ? Surtout après qu'un premier manque de prudence ait emporté en tribut la vie d'un camarade? Se retenant à grande peine de crier le nom de la disparue, Bruce se força à réfléchir froidement, calmement. L'éventualité que la jeune femme eût été enlevée fut rapidement écartée ; la bonne visibilité, et l'expérience de la fille du Démon excluaient ce scénario. Non, l'hypothèse la plus plausible était que la brune avait prit l'initiative de sécuriser les alentours par un bref examen des abords de la colline. Jouant sur l'obscurité naissante pour se mouvoir avec discrétion, le disciple de Ras Al Ghûl entreprit de se mettre en quête de sa partenaire.

Spectre noir en maraude, il découvrit l'espace boisé et son lac avec la certitude que le point d'eau expliquait l'éloignement impromptu de Talia, simplement partie remplir les gourdes d'eau. Dans les montagnes enneigées, boire autrement qu'en laissant de la neige fondre dans la gorge exigeait de dénicher une source d'eau courante, oasis aussi rare et précieux qu'en plein désert. Certes, la neige devenait de l'eau en chauffant ; mais allumer un feu en pleine nature revenait à hurler sa position à pleins poumons. Les volutes de fumée, signe ne trompant pas, attiraient les ennemis comme l'aimant sur de la limaille de fer, et pouvaient être vues de très loin par les sentinelles. Pensant la découvrir affairée à une banale tâche, Bruce s'approcha à pas de loup, désireux de prouver à la fille du Démon que, si elle demeurait meilleure épéiste que lui, ses compétences d'infiltration restaient largement respectables.

Une incohérence frappa Wayne à mi-parcours. Si sa chef de groupe ne faisait que s'approvisionner en eau potable, pourquoi se tenait-elle au milieu du lac ? Décidant d'y songer tout en poursuivant sa manœuvre, le jeune homme dépassait l'orée de la végétation entourant la surface miroitante lorsqu'il vit l'évidence (pour sa défense, la luminosité diminuant ne favorisait pas la distinction des couleurs). Affligé de se savoir spectateur d'une intimité qu'il n'aurait même jamais dû imaginer, l'involontaire espion indiscret plongea maladroitement derrière le plus proche couvert végétal, cramoisi de honte, priant intérieurement pour ne pas avoir trahi sa présence. Posant son regard partout dans le bosquet, sauf en plein milieu du lac, il fit un louable effort pour s'ôter ses dernières visions féminines de l'esprit, décidant à brûle-pourpoint de se changer les idées en recherchant les meilleurs emplacements pour se dissimuler autour du bassin. Un exercice recommandé par Ras Al Ghûl pour gagner du temps lors des patrouilles de surveillance.

Et, involontairement, Bruce isola deux silhouettes humanoïdes, tapies de l'autre côté du lac. Une paire d'éclaireurs qui le lorgnaient lui, ou Talia. Brutalement, le sang qui lui était monté à la tête redescendit. Deux sentinelles ennemies les avaient retrouvés. S'ils donnaient l'alerte, la colline ne tarderait pas à voir débarquer des agresseurs en nombre venant, comme un piège-à-loup, enfermer les disciples de la tête de démon dans une étreinte mortelle. Les éclaireurs devaient impérativement être neutralisés de toute urgence et silencieusement, ce qui exigeait de ne pas les laisser comprendre qu'ils avaient été vus. Se sachant découverts, ils fuiraient sans hésiter, profitant de la confortable distance les séparant de Talia et Bruce pour rejoindre le gros des bandits sans se faire rattraper. Seul membre du groupe 3 susceptible de remédier à la situation, Wayne devait d'abord trouver un moyen d'expliquer discrètement le problème à Talia, afin qu'ils conviennent d'un plan d'attaque efficace.

La jeune femme le surprit en bondissant sans crier gare droit sur sa cachette de fortune, poignard à la main et clairement prête à lui trancher la jugulaire au moindre geste jugé menaçant. Tout compte fait, ses compétences d'infiltration aussi étaient en reste... Plaqué au sol par la tigresse revêtue de sa tenue d'Eve, l'Américain déglutit péniblement en détectant de la stupeur, de la colère, mais aussi l'incrédulité de se découvrir épiée, dans la question qui lui fut posée. Inerte, immobile, le disciple de la Ligue inhala brièvement l'odeur de son séduisant agresseur au regard orageux et déterminé. Et tout s'enchaîna très vite, en une succession de décisions trop fugaces pour être même retranscrites en mots. Bruce songea que, depuis leur poste d'observation, les espions ennemis pouvaient croire à une scène de voyeurisme classique tournant à la prise en flagrant-délit. Le jeune homme estimait personnellement être tout, sauf un pervers. Mais comparée à la perspective de finir encerclé par des bandits, cette petite humiliation devenait très supportable. Toutefois, il allait falloir surenchérir sur le même thème, pour rendre le tout crédible. Ce qui ne laissait pas énormément d'alternatives à l'acteur en pleine improvisation : la tournure des choses l'obligeait à conforter son apparente lubricité à l'aide de gestes forcément déplacés.

* Même après avoir entendu mes explications, Talia voudra me tuer. Et si ce n'est pas elle, ce sera son père, quand il l'apprendra. Et si, comble de la chance, Ras me laisse vivre malgré cet outrage, il y aura encore tous les ninjas ayant des vus sur sa fille (donc l'intégralité de la Ligue) qui en voudront à ma vie. *

Songea, la mort dans l'âme, le richissime héritier loin de sa Gotham natale, en allant embrasser d'une manière qu'il espérait convaincante pour leurs deux spectateurs, les lèvres de sa chef de groupe. Bruce s'efforça de n'y prendre aucun plaisir, de s'en tenir au strict minimum, et de ne pas laisser ses pensées divaguer. Après tout, il s'agissait juste de jouer le jeu.
Autant essayer d'empêcher la pluie de tomber sur le sol. Le souvenir chaud, humide et rassurant de son réveil dans le bain parfumé préparé par la fille du Démon, l'image éphémère d'une main délicate et douce sur sa joue rugueuse, le récent constat de son attirance avérée pour la jolie brune ; toutes ces pensées conspirèrent pour renforcer la magie de ce qui ne devait être qu'un baiser factice. Prolongeant le contact charnel un peu plus longtemps que nécessaire, et déployant trop d'attention pour que le moment soit qualifiable de "faux", Wayne relâcha enfin son étreinte passionnelle, expirant doucement. Les idées confuses, il saisit la balle au vol pour justifier son acte, passible d'une exécution immédiate. Approchant amoureusement ses lèvres de l'oreille de sa promise brune, il murmura, comme s'il lui faisait un compliment :

« Deux sentinelles. Derrière toi, à environ trois cents mètres, dissimulés dans les sous-bois. Fais semblant de ne pas les voir, et suis-moi. Éloignons-nous lentement du lac, pour nous mettre hors de vue. »

Admirant la réactivité de sa camarade d'exercice, qui lui donna la réplique sans faillir, le mort en sursis récupéra sans hâte les effets personnels de Talia, qu'il couvrit négligemment avant de lui enserrer la taille d'un bras affectueux. Avec un sourire de contentement un peu trop naturel, le comédien en herbe orienta le retour au campement feint par les amoureux de manière à sortir le plus vite possible du champs de vision des éclaireurs, pressentant que chaque seconde passée par son bras sur la peau de sa partenaire amenuisait ses espoirs, déjà infinitésimaux, de revoir la lumière du jour. S'en tenant à un chaste baiser sur le front pour entretenir l'illusion du couple formé au clair de lune, Bruce s'écarta de la brune dès qu'il le put. Terminée, la romance pastiche ; Talia redevint la garce qui lui avait fermé les volets au nez et qu'il n'appréciait pas. Retour au point de départ de leur relation. Se détournant prestement, le gentleman laissa pudiquement à la féline assassine le loisir de se rhabiller entièrement. Les excuses de circonstances et la gêne dans sa voix attendraient la fin de la nuit, néanmoins. Ils avaient des gêneurs à éliminer, pour l'instant. Le dos tourné à son interlocutrice et les bras croisés contre sa poitrine, le jeune homme murmura avec le ton formel employé pour les rapports :

« Je pense que notre tactique de leurre les a dupé. S'ils s'étaient rendu compte de la supercherie, on les aurait vu quitter leur poste. Donc, l'avantage est pour nous : les deux éclaireurs nous croient occupés et distraits, ils ne suspecteront pas notre approche. J'ai vérifié : il n'y a pas d'autre ennemi embusqué dans les parages. Les sentinelles ont sans doute été dépêchées par petits groupes dans toutes les direction, afin de couvrir le plus de surface sur les montagnes environnantes. On dirait que les frères d'armes des sept bandits que nous avons vaincu sont à nos trousses, désormais. »

Tout avait été dit, le reste appartenant au domaine des conclusions évidentes. Deux individus hostiles à la position connue, cela signifiait : une neutralisation synchronisée pour prévenir tout risque de fuite. Pas d'autres agresseurs à proximité : nul besoin de faire un repérage minutieux des bois. Un quadrillage du secteur par les seigneurs de guerre locaux : une fois les espions mis à terre, Talia et Bruce pourraient dormir sans crainte, le rappel des équipes d'exploration ne se déroulant qu'au matin. L'absence des deux hommes ne serait pas remarqué avant le poins du jour, et d'ici là, les disciples de la Ligue auraient disparu de la colline, ainsi que de la zone où on les cherchaient.

Pivotant lentement son regard, Wayne constata que sa supérieure était redevenue présentable, et prête à en découdre. Malheureusement, il eût du mal à se défaire de ses souvenirs. Un peu trop crispé, Bruce consulta sa paire, lui signant un mouvement en tenaille par de rapides gestes, avant de prendre son essor dans la nuit. Le jeune ninja voulait mettre au plus vite de la distance entre lui et la très perturbante Talia. Sans plus tergiverser, ils entamèrent donc un large détour forestier pour prendre les espions à revers, chacun longeant l'une des berges du lac pour opérer un mouvement de pince. S'emmitouflant dans les ténèbres, usant des rares sonorités népalaises pour masquer leur avancée, deux ombres mouvantes réduisirent lentement, inexorablement, la distance les séparant des deux bandits qui, inconscient du danger imminent, continuaient d'épier droit devant eux, leurs sabres déposés à leurs pieds.

Une accalmie s'installa dans les souffles du vent, immobilisant un nuage devant l'astre d'argent. Un voile noir tomba sur la cascade, son lac et ses abords, puis les disciples de la Ligue entrèrent en action. Bruce plaça ses avants-bras des deux côtés du cou de sa cible, verrouillant la prise de son étranglement sanguin avant de tirer vers le haut. Six secondes plus tard, deux asiatiques se tenaient étendus sur l'herbe rêche. Ne pouvant être abandonné là, celui que Wayne avait temporairement incapacité fut ligoté à un arbre. En se débrouillant bien, il pourrait se libérer de ses liens, mais pas à temps pour pouvoir rattraper ses assaillants. Quitte à ne pas tuer sur-le-champs un adversaire, autant éviter qu'il ne décède plus tard de soif ou d'hypothermie.

Ironie du sort, ce fut au tour de Bruce de dévisager Talia avec une expression incertaine. Les yeux inquisiteurs du jeune homme s'efforcèrent de dissuader la belle brune d'ouvrir la discussion sur leur baiser, afin que, à sa guise, il puisse y réfléchir sans interruption. Le pupille d'Alfred ne parvenait pas à tirer au clair les sentiments que lui inspiraient sa partenaire, ne voulait pas avoir à mettre un mot ses les pensées qu'il avait eu en décidant de feindre une romance. Plus tôt dans la journée, alors que les rayons du Soleil brillaient encore, l'impressionnante guerrière lui avait sauvé la mise, en tuant trois bandits ; la nuit même, c'était son tour de tirer Talia d'un mauvais pas. Wayne n'avait que trop conscience que tout ceci faisait partie du but de la session de survie : Ras savait pertinemment que les groupes qui revenaient vivants d'une randonnée sur les terres enneigées et infestées de tueurs des montagnes ne respiraient que parce qu'ils s'étaient protégés les uns les autres, cimentant leurs relations par des dettes de vie. Alors pourquoi espérait-il secrètement entendre la fille du Démon le remercier ? Par esprit de vengeance, pour la forcer à lui apparaître vulnérable ? Sans doute...

Le mutisme du magnanime ninja de la Ligue se prolongea tandis qu'il passait à un autre dilemme. Si sa partenaire ne s'était pas éloignée sans l'avertir, les choses se seraient déroulées différemment. Le tandem aurait d'abord sécurisé le lac avant que quiconque ne soit autorisé à y faire ses ablutions. Mais était-ce de son ressort à lui, aspirant, que de réprimander une supérieure hiérarchique ? De toute façon, la garce affirmerait sûrement avoir toujours été consciente du danger, avançant avec mauvaise foi qu'elle aurait très bien pu s'en tirer seule. Estimant qu'il ne gagnerait rien à pointer du doigt la baisse temporaire de vigilance de sa comparse, Bruce testa une dernière fois les nœuds de son prisonnier, avant de signifier leur retour au campement.

« Nous pouvons y aller. »

Dit-il d'une voix neutre.

La mort de Zhang eût une conséquence imprévue sur le groupe 3 : bien qu'impertinent, vantard, critique et borné, ce membre de la Ligue parlait, durant les bivouacs. Animant la vie du camps en monologuant (certes pour ne rien dire), il énervait Talia jusqu'à ce que celle-ci le rabroue sèchement, ou venait discrètement confier à Bruce avec un lyrisme inexistant les sentiments que la sensuelle brune lui inspiraient (prose à laquelle le jeune homme devait acquiescer sous peine de redevenir un rival du soupirant). Le troisième disciple disparu, ses deux camarades passèrent pour la première fois une nuit sans subir ses commentaires. Lors de la journée, le silence pesant entre eux était passé inaperçu, chacun économisant son souffle. Mais maintenant qu'ils dînaient, assis chacun sur sa natte, et que le silence ne se justifiait plus par des questions de sécurité, l'absence d'échanges verbaux se fit durement sentir. Les multiples sujets tus, en attente d'être évoqués, semblaient empester l'air, flottant juste au-dessus de leurs têtes, tandis qu'ils mastiquaient longuement pour savourer leurs maigres rations. Wayne avait cent fois retourné le problème dans sa tête, il savait n'avoir qu'une solution pour clarifier la situation. S'époussetant pour se donner du courage, il se remit debout, adressant pour la première fois depuis leur retour des bois la parole à Talia.

« Il faudra bien en discuter tôt ou tard, alors autant le faire maintenant. Je sais que je n'aurais pas dû t'embrasser. Si cela avait été l'unique moyen de nous en sortir, l'incident serait clos. Seulement, j'aurais tout aussi bien pu neutraliser les deux éclaireurs sans être vu, ou t'indiquer leur position de loin, ou encore les tuer à distance... Ce qui confère à mon acte le statut d'insubordination. J'ai profité des circonstances à mon avantage. Or, je sais qu'il ne m'appartient pas de te demander de taire le récit de ces événements à ton père. »

Sans la quitter des yeux, Bruce s'empara de leurs armes, débarrassant les lames dans leurs fourreaux.

« Si je veux m'assurer de ton silence sur cette histoire, il va me falloir l'obtenir comme un vrai membre de la Ligue : en te battant. Faisons les choses ainsi : un duel à l'épée, comme au dojo. La mise de ce combat sera la vérité des événements d'aujourd'hui. Si je te vainc, tu devras garder ce secret, pour toujours. Et si c'est toi qui l'emporte... Je m'engage à rapporter moi-même cet affront à ton père, sans rien lui cacher, et à en assumer pleinement les conséquences. »

La jeune femme était une guerrière, une battante qui respectait la valeur de la parole donnée. Son adversaire de la nuit savait qu'elle tiendrait sa langue... Si, toutefois, il réussissait bel et bien à la battre. D'un mouvement ample, il envoya le katana, poignée en avant, vers la brune, avant de se mettre en garde, une jambe avancée et la ligne d'épaule légèrement en biais.

« Je ne te sous-estimerai pas, cette fois ! »

Prévint-il en moulinant du poignet, traçant dans l'air nocturne et frais une double boucle d'avertissement. Nettement plus méfiant qu'à leur confrontation au domaine de Ras Al Ghûl, Bruce se souvint de l'attitude de Talia lors du duel. Agile, gracieux, et tout aussi inflexible et impardonnable que celui de son paternel, face à qui la moindre erreur vous renvoyait au sol, désarmé et vulnérable. Épiant un tic trahissant l’imminence d'une attaque dans le jeu de jambes de son ennemie, il se rappela à temps que les petits tours de passe-passe ne la désarçonnaient pas, et oublia l'idée d'amorcer une feinte basique. Confronté à une épéiste assermentée, le challenger devrait tout simplement exécuter un sans-faute, obliger sa chef de groupe à commettre un impair la première, si possible accélérer les choses en maintenant une pression constante sur la pugnace brune.

Sa première botte démarra trop tard, puisque Talia, de son côté, avait déjà prit l'initiative de lui expédier un coup de taille qu'il n'esquiva qu'en se jetant au sol. Roulant pour ne pas rester aussi exposé, Wayne se campa sur des appuis, souples, mais solides. Rendant la monnaie de sa pièce à la jeune femme, ce fut lui qui, à son tour, précéda l'assassine dans son estocade, qui ne parut pas déranger cette dernière outre mesure. Poussant sa position d'attaquant pour contraindre l'autre à garder un statut purement défensif, Bruce enchaîna successivement trois frappes rapides mais peu précises. Destiné à harceler, l'assaut brouillon permettait normalement de conclure sur une feinte mieux ajustée, sauf lorsque, comme le jeune homme, on subissait une contre-attaque inattendue. Repoussé par la réplique de sa vis-à-vis, le fils privilégié de Gotham para de son mieux les attaques suivantes, récoltant malgré ses efforts une estafilade de plus à l'épaule. Stimulé par la vue du sang, il se démena pour renverser la tendance, contenant la furie qui l'assiégeait, et profitant d'une ouverture pour crocheter l'un des appuis de Talia. Déséquilibrée, elle ne put empêcher son rival de prendre un peu de distance, court répit qu'il exploita pour empêcher la sueur de lui goutter dans les yeux. Malgré la température, le combattant brun transpirait abondamment, tous ses muscles fumants dans l'atmosphère frigorifique du Népal. Le souffle irrégulier, il réalisa qu'il n'avait toujours pas perdu, et le constat positif lui fouetta les sangs. Électrisé, plus déterminé que jamais à prouver sa valeur, Bruce raffermit sa prise sur son katana, et le combat se poursuivit.

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